Contingeance

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



19 janvier |

L'idée de nation est celle d'une communauté humaine unie par une conscience d'identité commune ; la langue, la culture, l'histoire, les valeurs et la volonté de vivre ensemble, formant souvent une entité politique souveraine sur un territoire défini. Elle combine un passé partagé et un consentement actuel à continuer de vivre ensemble. Historiquement, le mot évoquait une origine commune avant de se lier à l'état-nation moderne, caractérisé par des lois, une autorité souveraine et une citoyenneté égale. Des événements comme la guerre renforcent le sentiment d'unité face à un ennemi commun, créant une identité nationale. La nation est une communauté humaine qui, par son histoire et sa volonté, se perçoit comme un peuple uni, aspirant à être une entité politique souveraine, souvent incarnée par l'état. Je tente ici de faire une prise de conscience sur le sens du nationalisme. Mot galvaudé et repris par plusieurs dissidents, il viendra qu'à reprendre de sa vigueur dans les multiples défis qui nous attendent tous prochainement. Les divisions mesquines et nationales doivent faire plus de place à la solidarité et à plus de cohésion devant les menaces qui nous guettent. Ceci s'applique à toutes les nations de ce monde. Cela prend du travail et de l'énergie pour réussir à faire un pays ou ne rien faire. Oisiveté ou paresse ? Je ne suis point paresseux, oisif certes. Le paresseux répugne le travail en évitant l'effort physique ou intellectuel alors que l'oisif n'a pas d'occupation, qui est inactif, qui a du temps libre. L'oisiveté peut avoir une connotation positive par les temps libres, loisirs ou vacances qu'elle occupe. Il a une réputation négative selon le contexte et la culture qui l'abrite. L'oisif n'a pas d'occupation, le paresseux ne veut pas travailler. On peut être oisif en ne faisant rien sans être paresseux pour autant. Il y a une destruction du temps subjectif. Quand le travail est appropriation, jouissance du lieu où vivre, il n'est pas aliénant, mais source première d'humanisation. C'est que le travail sous certains de ses aspects les plus sombres ne permet pas à l'humanité de s'accroître et de se propager. Quand le travail dépend de l'épuisement des ressources temporelles subjectives et physiques des travailleurs, doublé de l'épuisement des ressources naturelles, cela devient proprement inquiétant. Les dimensions gigantesques des cités telles que nous les connaissons aujourd'hui apportent un tel déséquilibre que nous ne pouvions imaginer il y a un siècle à peine. La vitesse vertigineuse à laquelle tout se développe dans les mains de l'homme nous met dans une situation précaire et périlleuse. Comment avons-nous pu consentir à entrer dans cette course folle sans compter l'énergie de guerre énergivore qui se déploie sans cesse et dont nous n'avons nul besoin ? Il y a une absurdité dans le fait de vouloir gagner du temps en voulant toujours en faire plus et toujours plus vite. C'est le propre du capitalisme tel que nous le connaissons en perturbant la qualité du monde et de ceux qui l'habitent. Plus on va vite, plus il faut accélérer. La conscience professionnelle relève de la folie. Nous avons perdu une partie de notre pouvoir à vouloir toujours courir plus vite après le temps. Plus on s'exige d'aller vite et de faire et plus ces gens, un jour, devront supplier pour en faire moins. De plus, les travailleurs doivent travailler davantage pour conserver le même revenu en tenant compte de l'augmentation du coût de la vie qui ne cesse de s'accroître. Le visage de l'exploitation a changé. Il est plus rusé, plus habile pour appâter ses victimes. Le capitalisme n'est plus l'échange de marchandises mais la formation d'un capital. Depuis la création des bourses, le capital des sociétés atteint des sommets inédits. Cette concentration de capital se fait de fait au détriment des individus, de l'environnement, de la vie en soi. Et plus ces systèmes se développent et se positionnent et plus il devient difficile de les modifier ou de les restreindre. Le système capitaliste qui règne sur le monde est une roue gigantesque que seul l'épuisement des ressources naturelles et humaines pourra arrêter. D'ici là, la vie souffrira de la bêtise des hommes. C'est dans l'échec que le succès émerge. La force du travail s'est transformée en marchandise et le travailleur est devenu une marchandise possédant une valeur marchande. Le capitalisme construit des esclaves et non des hommes. Ces derniers choisissent cette condition car la grande majorité d'entre eux n'ont pu et ne veulent pas changer les normes. Les habitudes et les conditionnements sont à ce point que nous avons construit nos propres chaînes. Je ne sais pas s'il nous est possible de faire marche arrière dans la raison. Les lois, les règles, les croyances ont fait en sorte de nous protéger et en même temps de nous soumettre. Partout j'observe des dissonances dans nos pensées, nos actions, nos motivations, nos rêves et surtout depuis que j'ai le temps. Je tiens à préciser que tout n'est pas aussi sombre que je semble l'exprimer. Huit des dix grands points névralgiques pour notre survie ont été atteints avant que notre monde s'épuise. Il y aura bientôt une rupture de services au moment même que les milliardaires continueront de s'offrir des cocktails dans leurs tours d'ivoire, comme quoi le plaisir en ce monde n'est pas équitablement partagé. Sommes-nous capable de faire mieux et moins vite sans se sentir fainéant ou paresseux ?


16 janvier |

Non seulement nous n'avons plus le temps, mais nous n'avons plus de temps. Ceux qui s'ennuient sont prêts à tuer le temps qui reste. Mais après quoi court-on ? De quoi sommes-nous déjà en retard ? J'ai de la difficulté à comprendre que tant de gens perdent leur temps désespérément. Est toujours tenu pour anormal ce qui est attardé. Je ne me suis jamais senti bien avec le terme anormal. Serait-ce possible que celui qui est anormal soit normal dans la vie que les gens mènent ? La définition d'un attardé est quelqu'un qui est en retard ou bien qu'il est un peu cinglé sur les bords. Pour vivre bien, j'ai dû apprendre à décélérer. C'est ce que m'a appris la littérature sans avoir l'impression d'y perdre mon temps. Jadis, seul les princes disposaient de tout leur temps. Même les gens des plus hautes places de l'échelle sociale n'ont plus le temps. Je me considère un privilégié, quoique j'arriverai à la ligne d'arrivée en même temps que tout le monde ou presque. À la lecture de l'éloge du retard d'Hélène l'Heuillet, je crois que je verrai plus le temps de la même façon et que je vais m'abstenir de pleurer d'ennui pour le temps libre à ma disposition, même si je ne sais pas quoi en faire. Beaucoup de gens arrivent en retard en considérant cet espace-temps comme un privilège, faute de temps à leur disposition. Le retard n'est pas celui du maître, mais du délinquant perçu comme tel. Il m'arrive de mettre momentanément le temps sur pause. Bien entendu, ce n'est qu'une illusion. On ne voit pas le temps passer en faisant quelque chose qu'on aime. Faute d'être en retard, je dois vous quitter. Faute de temps, je dois cesser de geindre et de pleurer. Faute de temps, je ne puis vous parler plus longtemps. J'ai rarement été en retard, c'est une force et une faiblesse. Faiblesse par la crainte de manquer quelque chose, par la crainte de craindre un malheur, peur d'avoir peur en arrivant en retard. J'arrive toujours trop tôt que trop tard, cela me caractérise. Je déteste les gens qui arrivent en retard. J'y vois là, à tort, un manque de respect et de responsabilités. Je n'ai jamais permis à qui que ce soit de me dicter ma présence à n'importe quelle tâche ou travail. Malgré le peu de fortune, j'ai vécu comme un prince à certains égards. Le soleil se couche lentement dans le froid glacial. La sérénité s'est approchée de moi à l'instant même où je vous écris. Vivre au moment présent en bonne santé et libre est le plus beau des cadeaux qu'il puisse nous être offert. Ce soir, je vais rejoindre mes amis les philosophes pour apprendre à penser, pour apprendre à écouter.


15 janvier |

C'est parce que j'ai échoué que j'ai réussi, devrais-je dire. J'écris pour me rappeler que j'existe. C'est dans les épreuves qu'on affirme son caractère, mais nul n'est à l'abri du désespoir. Il y a des épreuves qui peuvent être surmontées, d'autres pas. Cela dépendra des forces qui nous abritent et de notre résilience à combattre l'adversité. Lorsque la souffrance est trop vive, vaut mieux ne pas passer tout son temps seul à ruminer. C'est au contact d'autrui devant certains évènements difficiles que le réconfort prend toute son importance. Exprimer ce mal-être qui nous habite tous à différentes étapes de la vie a pour conséquence de réduire le fardeau parfois intense qui pèse sur nos épaules. L'écriture, cet art, me délivre d'une pression sournoise qui ne m'a jamais quitté, sans quoi ma vie ne tiendrait qu'à peu de choses. Écrire est une chose fabuleuse qui me porte vers l'essentiel, vers l'absolu. L'infini est à portée de main devant la page blanche et silencieuse. Écrire est un complément direct du dialogue. Mes échecs d'antan, dirais-je, m'ont porté à l'aventure sur les routes du monde avec des gens qui m'ont fait confiance. N'est-ce pas là l'exemple le plus flagrant de ce que Charles Pépin tente de me raconter dans les vertus de l'échec ? Peu de philosophe se sont entretenu avec ce thème qui pourtant, est très légitime. Il existe toutes sortes d'échecs. Il y a ceux qui nous rendent plus sages, d'autres plus combatifs, ceux qui nous permettent le relâchement, ceux qui nous donnent la force de persévérer et ceux qui nous rendent simplement disponibles pour autre chose. L'échec est au cœur de nos vies, de nos angoisses et de nos réussites. Il ne faut pas avoir honte de ses échecs, bien au contraire. C'est grâce à eux que l'on devient plus fort, plus lucide. Il y a une différence entre l'idéal et le réel, qu'on le veuille ou non. Être endormi au sens péjoratif ou inconscient n'apporte pas le bonheur. Être trop conscient de ses souffrances peut les quadrupler, telles ces blessures qui sont guéries et qui induisent toujours la douleur comme cette douleur de ne pas être soi, d'être incapable de donner un sens à sa vie. Et si je me contentais d'un autre moi avec des idéaux plus modestes ? L'entrée en philosophie se fait plus aisément par l'échec que par le succès, il va sans dire. Je l'ai bien saisi avec le recul de la retraite qui me va si bien. Nul n'est à l'abri de l'échec. Il vaut mieux les vivre plus tôt que trop tard. Dans ma carrière, j'ai connu les succès et les échecs, si je puis dire. Je ferai grâce d'omettre de les énumérer. Les échecs sont perçus différemment d'un pays à l'autre, d'une région à l'autre. L'empirisme est une doctrine philosophique particulièrement développée chez les anglo-saxons et qui souligne le rôle de l'expérience dans la connaissance humaine, en minimisant la part de la raison. Selon ce modèle, tout ce que l'apprenant sait ne peut donc provenir que d'une expérience vécue. Tout ce que nous savons, nous le savons d'expérience. Plus on fait d'expériences, mieux c'est. Plus tôt dans la vie nous échouons, plus tôt nous la questionnons. C'est la condition de la réussite. Mon plus grand échec dans la vie fut de ne pas avoir été, à maintes reprises, apprendre à gérer mes émotions, mes affects. Toutefois, j'ai réussi là où je n'y voyais que des échecs. Je n'irai pas aux causes de ces émotions récurrentes et subites, elles ne sont pas là l'objet de mes recherches. Ce serait inutile dans le contexte et trop inopérantes à ce stade. Mon succès fut de vivre d'innombrables expériences de voyage dans des contextes fort différents. Les dernières affichées récemment furent la visite de Concord au Massachusetts et qui est l'une des plus anciennes bourgades historiques et aristocratiques de l'état. Plusieurs grands philosophes américains y ont trouvé refuge à l'ère industrielle du pays. Après avoir médité sur les œuvres et la vie des grands auteurs et penseurs que la littérature américaine a portés, je me suis baigné pour terminer mon exploration intensive dans les eaux limpides du fameux étang Walden, devant les ruines de ce qu'était le refuge et ermitage de David Henry Thoreau. Combien de ces moments sublimes j'ai vécus dans la surprise et la découverte du monde dont j'ignorais tout. J'ai des centaines d'histoires de la sorte à raconter sur ce que furent mes expériences. En cela, je suis fier d'avoir atteint plusieurs grands rêves et objectifs qui m'étaient chers. Mes échecs ont su se métamorphoser en succès en m'imprégnant de toutes ces expériences qui ont fait de moi celui que je suis devenu. Cela, personne ne pourra me l'enlever. 


14 janvier |

Dans ce combat larvé qui oppose l'Afrique ancestrale et magique à la vieille culture matérialiste anglo-saxonne, on devine que la première finira par l'emporter et que toute cette écume de faux sérieux, de moralité exacerbée sera un jour résorbée. Il ne sera pas loin que l'on disparaisse aussi. Ce passage de Denis Grozdanovitch me traverse de stupeur. Que mes songes et mes lectures sont défaitistes, j'en conviens. Les seules choses positives lorsque mon regard porte au loin, sont les gestes naïfs et amusés des enfants, la nature encore belle de n'avoir pas été souillée, les animaux en liberté dans une ferme enclavée d'une jolie vallée. Il y a beaucoup de beautés dans le monde si on réussit à sortir des grandes agglomérations résolument bétonnées, bituminées, asphyxiées, indifférentes. C'est dans une joie retrouvée qui m'attend au printemps de chaque année, lorsque je pars à bicyclette chez nos voisins du Sud. C'est dans les régions éloignées, où le temps semble s'être arrêté, que je me sens revivre d'un hiver trop long. Les contrées profondes de la Nouvelle-Angleterre m'offrent des bouffées d'air frais qui se conjuguent admirablement bien avec le petit canadien que je suis de l'autre côté d'la gate. J'y reviendrai. Que seraient les déserts de la vie sans les mirages éclatants de nos pensées, disait Anatole France. Quand le corps faiblit, les pensées demeurent et se renforcent. La vie est belle lorsqu'on sait bien regarder et prendre soin de soi. Qui cherchent encore à entendre ce que les poètes et les philosophes ont à nous dire ? Les genres littéraires les plus populaires sont incontestablement les romans. La vie serait-elle si difficile qu'il nous faille à ce point nous distraire ? Le besoin de rêves et d'évasions est tel que la plus petite frasque philosophique devienne d'une lourdeur insoutenable pour la plupart des mortels. Je dois être un peu cinglé pour assister en soirée à des ateliers philosophiques au lieu d'aller danser ou chanter. Si je passe des crépuscules à me poser des questions, c'est possiblement que je n'aie rien compris du bonheur. L'anxiété me guette devant le nombre de choix qui s'imposent. Peu m'importe les choix, l'anxiété a toujours été présente pour me faire ressentir la douleur et mon impuissance. J'ai appris avec le temps que partout où j'aille, elle me suivra aux talons. Vaut mieux vivre avec que de la fuir. 


Vivre sur une île exclut les choix à prendre aux carrefours des continents. Sur une île, il n'y a pas les chemins infinis qu'on retrouve sur le vaste monde. Sur une île, il y a une dimension à la mesure de chaque homme. Ayant parcouru l'Ouest sauvage, j'ai ressenti fortement la nausée de ma petitesse. Je préfère de loin les zones naturelles habitées. Si on a le vertige par trop de solitude, les grands espaces amplifient ce sentiment. J'ai ressenti de violentes montées d'adrénaline au seuil des grands espaces désertés d'hommes et de femmes. Ensuite, vint la déprime de me sentir trop petit, trop étranger dans un univers trop silencieux et trop grand. La culture vint alors à me manquer, comme quoi elle m'importe plus que le paysage. Descartes a longtemps examiné les différentes occupations auxquelles les hommes s'adonnent dans ce monde en essayant de choisir la meilleure. Il trouvait qu'il voulait passer sa vie à développer sa raison et à découvrir les traces de vérité qui sévissent en lui et autour de lui. L'isolement que toute différence de point de vue condamne est une calamité pour celui qui en souffre. Nietzsche n'en était pas épargné, surtout à l'époque où il vivait. Il faut remettre toujours les propos d'un auteur dans son contexte, c'est-à-dire la culture, l'époque, la famille, l'éducation, la génétique. On pourrait prétendre que ce bon vieux temps était d'une profonde obscurité. Que dire alors de tous ces gens accroupis sur leurs téléphones à pagayer des sottises et à surfer des bêtises ? Quel est le progrès, l'évolution de nos jours dans laquelle nous prétendons détenir des certitudes sur le passé en ayant rompus avec nos repères et nos traditions ? Je vivrai difficilement en plongeant dans un passé homogène ou en vivant à la campagne profonde avec des poules et des canards. Il est de ces auteurs, par exemple Nietzsche, qu'il m'aurait été difficile de lire et de comprendre, il y a quelques années à peine. Cela prend beaucoup de patience, de détermination et de courage pour lire de tels ouvrages. Il serait pourtant bien plus simple en faisant comme tout le monde d'ouvrir le téléviseur ou lire ses textos. Il ne s'agit pas de vouloir tout saisir et comprendre, mais d'apprivoiser quelques figures de style en première instance et ainsi d'écouter attentivement ce que l'autre a d'important à dire. Le premier geste est de faire confiance à l'auteur pour ses propos qui nous interpellent par la synchronicité de ses pensées avec les nôtres. C'est ainsi que j'entreprends la lecture d'humain, trop humain de Friedrich Nietzsche. Les caractères sont à ce point petits qu'il me faut presque prendre une loupe pour les lire. Son refus de Dieu et la liberté d'expression qui lui confère sa popularité ont fait de lui le porte-parole de son temps et de toutes les générations qui suivirent. La lecture est à ce point âpre et ardue que je me demande bien si je serai capable de finir un seul chapître. En le lisant, j'ai toujours en tête qui est mort fou à l'asile, ce qui me rebute à bien y penser. De nos jours, on lui aurait prescrit des médicaments et ils auraient fait ses courses dans un centre commercial, comme les autres. J'ai longtemps désiré le monde vierge, la nature sauvage, les hommes d'une autre époque. Ce fut mes idéaux auxquels je me suis accroché pour fuir le monde sordide où je vivais. Ce monde n'a pas changé, il est toujours le même. La science évolue, pas les hommes. Encore plus, ils régressent. J'ai compris que je n'avais plus à le fuir et que ma mission n'est ni de le transformer, ni de le bannir. Grand rêveur, idéaliste et mésapdapté était ma profession. Depuis de nouveaux jours se pointent à l'horizon, me permettant de mieux m'ancrer dans ma réalité. Je réalise que je méprisais pas seulement les hommes d'être aussi bêtes, mais que d'emblée, toute cette hargne se retournait contre moi-même dans une immense désinvolture. La réalité fut que la nature sauvage que je croyais être mon refuge devenait un étrange cul-de-sac où je ne savais rien faire d'autre que passer. Je reconnais que ce que l'on gagne ou ce que l'on mérite, on doit l'avoir perdu quelque part au préalable.


13 janvier |

Avez-vous déjà ressenti cette angoisse de n'être rien, encore pire d'être un moins que rien ? J'ai heureusement connu l'univers du tourisme d'avant la vie numérisée et standardisée. Je parle de celle qui nous est proposée en boucle et massivement par la propagande consumériste. Je proviens d'une époque où le voyage était tout sauf celui que je viens d'énoncer. Personne n'avait entendu parler des voyages d'aventures sauf que dans les bandes dessinées de Tintin et de Bob Morane. Nous étions bien loin des applications marchandes où tous les visiteurs se ressemblent à quelques différences près. Le tourisme de masse n'était pas celui que l'on connaît actuellement. Les destinations n'étaient pas encore devenues des centres de foire pour touristes blasés et agités. Je ne crois pas être le seul à ressentir le vide dans cet espace-temps. Et puis il y a cette peur ancestrale du vide et du chaos qui jaillit de nous depuis la nuit des temps, en quoi il nous faut toujours et toujours agir plus rapidement. Qu'il devient épuisant et insensé de toujours vivre ainsi. Par chance qu'il y ait les portes closes et le lit à mes côtés pour soupirer entre chaque écueil. Parfois j'ai l'impression de me noyer, de m'atomiser, de me néantiser dans la masse anonyme des innombrables laissés-pour-compte qui se propage à la vitesse de l'éclair autour de moi. Une telle quantité d'individus se retrouvent menacés dans l'anonymat, du moins ceux qui cherchaient pourtant à s'échapper. Il ne suffit que de peu de choses auxquelles on tienne en réalité si on exclut le superflu et les vieilles rengaines. La pire conséquence de ce nivellement de la singularité véritable par la fabrication d'individus en série est l'augmentation de la peur de n'être plus rien. Il y a tout lieu de croire que cette angoisse existentielle de n'être rien plonge plus profondément chaque jour une proportion non négligeable de l'humanité dans une variante de schizophrénie collective, et cela même si elle prétend mettre tout en œuvre pour s'en libérer. Une grande partie de ces propos ne viennent pas de moi. Peut-être que le vide m'accapare déjà trop pour produire quoi que ce soit qui vaille. Cela me procure une telle joie d'illusion que je puisse m'en passer. Tant qu'à consommer des drogues, autant prendre celles qui s'offrent dans les bibliothèques. Autant que cela me fasse vivre et espérer est une bonne raison en soi pour m'y associer. Ceci est mon théâtre, avec lequel je me plais à jouer avec mes associés. Faute d'avoir mieux, je me contente de ce que j'ai à ma disposition, ce qui est déjà pas mal, croyez-vous ? De cet aspect, je choisis la morale que je veux bien entendre et surtout au moment opportun, ce qui représente une grande liberté. Je n'offusque personne ainsi en posant le manuscrit tout en prenant une pause. Je n'offusque personne si j'écoute à moitié, ne prenant ainsi ce qui m'intéresse. Ortega y Gasset a remarqué à propos du rôle du philosophe dans la cité : il y a des choses ridicules qui doivent être dites, et c'est à cela que sert un philosophe. Il y faut une espèce de courage pour agir ainsi. De là, il importe à l'humanité de profiter de l'héroïsme particulier des philosophes. De bien petites choses me traversent ces temps-ci. C'est dans la tiédeur du quotidien et des soirées froides de l'hiver que la littérature m'inonde de plaisirs et de jouissances infinies. Que pourrais-je raconter de cette vie anonyme où la solitude se conjugue avec elle-même ? Loin de là l'amertume, je purge mes peines avec délivrance et lucidité. Il y a peu d'occasions de profiter de toutes ces profondeurs avec quiconque qui traverse mon hémisphère, c'est pourquoi mon bonheur est immense en retrouvant mes graffitis le soir venu. Il y a des choses qu'on apprend que dans la solitude, d'autant qu'elle n'est pas la seule à partager mon oxygène.


12 janvier |

Je suis un partisan de la décroissance. C'est avec ceux-ci que je m'acoquine davantage. Plus il y a de communication et moins il y en a. Ceci est vrai pour bien d'autres choses. L'inertie fait partie de la politique, en ce sens je n'y crois plus. Plus ça change et plus c'est pareil. En politique on n'est pas ce qu'on est ; on est ce qu'on paraît être, disait Saint Beuve. Ce dernier ne s'intéressait pas tant aux œuvres qu'à la vie des auteurs. Peu d'hommes savent penser mais tous possèdent des opinions. J'observe de plus en plus qu'il existe de l'ordre dans le désordre. J'apprends du désordre car il existe de l'ordre dans le désordre. Lorsque j'écris, mes élans débutent toujours dans le désordre. C'est là que la vie règne. Je suis un adepte de la pluricausalité, de nature curieuse et éclectique. Provocateur, je l'ai toujours été. Je jubile de connaître certains aspects de la vérité que mes interlocuteurs ne savent pas reconnaître. Bien entendu, la plupart des vérités sont de nature purement subjective. Une vérité universelle est une correspondance fidèle avec la réalité, indépendante des perceptions personnelles, par exemple la forme d'un triangle, la couleur d'une pomme, les ingrédients d'un gâteau, l'étymologie des mots énoncés. Un livreur, en plus de distribuer des colis, est aussi celui qui fait la lecture. Je viens d'apprendre qu'il y a toute une panoplie de livreurs ou de liseurs ayant une forte notoriété. Je ne m'y connais pas dans ce domaine, moi qui préfère n'entendre que le bruissement des pages d'un livre en les retournant. Je m'intéresse particulièrement à la phénoménologie qui étudie le retour aux choses mêmes, qui est de revenir à l'expérience immédiate, brute, avant toute conceptualisation ou jugement. Fondée par Edmund Husserl au début du 20ᵉ siècle, elle vise un retour aux choses mêmes pour dévoiler les structures essentielles de l'expérience, influençant des penseurs comme Heidegger et Hegel, pour ne nommer que ceux-là. La phénoménologie constitue l'une des traditions principales de la philosophie européenne du XXᵉ siècle. Elle a en outre inspiré de nombreux travaux hors de son champ philosophique propre, tels que la philosophie des sciences, la psychiatrie, l'esthétique, la morale, la théorie de l'histoire. Je vais surement étudier sous peu ce courant de pensée avec un vif intérêt. Georges Simmel, dans les grandes villes et la vie de l'esprit, nous raconte que les instructions visibles de l'État présentent une richesse si proliférante d'un esprit cristallisé et devenu impersonnel que la personnalité ne peut pour ainsi dire lui faire face. Tous admettent cela sans aucun doute. Or c'est précisément ainsi que, pour sauvegarder cette dimension très personnelle, qu'il faut extérioriser le plus de singularité et de différence. Il faut exagérer cette extériorisation simplement pour se faire entendre, même de soi-même. Comme il est étonnant et réconfortant de lire des vérités que l'on possède sans jamais avoir été capable de les exprimer aussi verbalement. Les citadins éprouvent une nostalgie instinctive que la sagacité intellectuelle et le cynisme des grandes agglomérations leur ont fait perdre. J'y reviendrai. J'ai compris depuis longtemps mais sans vraiment prendre conscience que la liberté individuelle était accessible par des moyens très simples, ne serait-ce que sur le plan imaginaire. C'est ce que m'offre la littérature. Savoir que je peux m'extraire des contraintes usuelles au prix d'un isolement est toujours un salubre exutoire mental riche de sens. Il a une liberté intime d'avoir recours à la pensée, indique Denis Grozdanovitch. L'addiction aux écrans et la frénésie existentielle reviennent-elles à ne plus s'entendre soi-même ? Cette frénésie provient sans aucun doute de la croissance exponentielle de l'individualisme contemporain. Ceux qui sortent de l'ordinaire en se détachant du vulgaire font preuve de la plus grande dilection pour les choses intéressantes et nourrissantes. Ajoutons que pour un lettré, l'excentricité est indispensable. J'ai horreur de tous ces gens qui ressemblent à tout le monde. Pour avoir beaucoup voyagé, je constate qu'à Québec, ce nombre est effarant. Être excentrique demande le courage de s'assumer et de se distinguer de la masse. Ce qui détonne, c'est qu'à force de voir des gens qui veulent être différents, ils en viennent à être tous pareils. Des excentriques auteurs tels Léon-Paul Fargue tendent à nous démontrer que le retrait de la vie active partiel ou modéré restera à jamais une source de félicité pour les âmes sensibles telles que je me réclame. Jamais je n'aurais cru qu'en venant au monde qu'un univers abstrait, irrespirable, bête et méchant serait là devant moi à me tendre les bras ou à me tordre le cou. C'est bien de cet univers que nous avons fini par mettre à la mode ? C'est bien dans l'absurde que les hommes naissent.


11 janvier |

Vaincre le mal jusqu'à l'épuisement. Combien sommes-nous à y avoir tenté à maintes reprises ? Toute page blanche est une fenêtre ouverte sur l'infini. Mon énergie, ma lucidité proviennent des quelques brides de manuscrits découverts au hasard du jour. Henry Miller a dit que lorsque certains individus choisissent de se retirer du monde, ce n'est pas par défaitisme, mais leur amour même de la vie qui leur confère une sagesse qui s'exprime par le renoncement. Je mène une vie paisible, à moitié remplie, libre de toutes ambitions et rivalités mesquines de l'homme qui vit dans le siècle. À ces mots, la souffrance demeure, quand même le détachement me semble plausible et réel. Peut-être il me faille travailler davantage sur le détachement. Il me semble que si j'allais davantage en ce sens, il y aurait un risque de me perdre. Je ne sais pas exactement. J'apprends par tâtonnements à chaque instant. Parfois, jaillit des pépites de lumière, parfois d'obscurité. Écrire, toujours écrire jusqu'à ce que je m'assoupisse à tenter de chercher la vérité. Et si peut-être la vérité était dans le silence ? Je n'y crois pas. Si nous avions été faits pour le silence, nous n'aurions pas la parole pour discuter et nous faire entendre. Les silences sont acceptables lorsque la parole prend place. L'intelligence artificielle est en train de causer des maux dans les facultés de philosophie. Les étudiants bientôt ne pourront plus penser par eux-mêmes avec cette appendice artificielle qui se greffe insidieusement à leur cerveau. La pensée ainsi se pétrifie devant les machines en nous laissant croire que sans les régulations d'usage à cet effet nous en sortiront vainqueur. Déjà que l'éducation rigoureuse est en perte de vitesse, il n'en faudrait pas plus pour que la culture s'affaisse encore plus vers une risée généralisée. Que j'en suis venu à écouter les médias français pour stimuler mes méninges est déjà la preuve que l'Amérique et ses prédateurs ne sont pas très loin. Si je n'avais pas tous ces auteurs à mes côtés, je me retrouverais fort dépourvu quand la brise fut venue, citant Lafontaine. J'avoue ne pas être complètement indépendant en écrivant, ayant besoin de ces auteurs et écrivains à l'ombre de ma tâche. J'assume et je ne me déculpabilise pas pour autant, ayant manqué fortement dans le passé de solides bases référentielles pour m'élever à titre d'essayiste et de penseur accompli. Cela prouve une fois de plus ma capacité de m'autodictater. Quelle fierté en moi de ressentir le chemin parcouru pour arriver à cette fin. Mon objectif d'écrire et de bien penser reflète ma persévérance, ma résilience et mon courage de parvenir là où il m'aurait été impossible d'atteindre, il y a quelques années à peine. Je reconnais qu'il est un peu ardu d'écrire sans trop de sujets précis de départ. Mon inspiration provient du simple fait que je suis vivant. Cela ne devrait-il pas suffire ? C'est pourquoi, je le répète, les auteurs qui se joignent à moi sont mes tuteurs et mes mentors afin que je puisse allègrement passer à une vitesse supérieure. Cela fonctionne encore mieux que je l'aurais imaginé. Les sujets et la forme point ne sont pas ce qui est le plus important. Ce qui en résulte, c'est dans la façon constante et passionnée de me compromettre au lieu de me soumettre. Je fais tout simplement les devoirs que j'ai omis plus tôt en étant occupé ailleurs à parcourir le monde et mes rêves. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout est là en réalité, il ne suffit que d'un peu d'effort et de volonté pour me consacrer dans une forme plus accomplie. 


Je sais que vous qui me lisez, que vous êtes tentés de croire que je suis égocentrique à m'exprimer tous les jours de cette façon. Je peux me permettre d'avouer qu'il n'en est rien et que si je m'exerce de cette façon, ce sera pour mieux discuter avec vous en prenant la place qui me revient. Je ne fais que rattraper le retard à trop avoir chanter et danser comme disait la cigale. C'est curieux en pensant à la fable… Je n'ai plus peur de la brise hivernale maintenant que j'ai le feu intérieur pour me réchauffer. Il y a toujours été, mais la flamme s'était épuisée ces dernières années. Grozdanovitch pose la question, à savoir : comment le singulier s'articule sur le multiple ? Comment préserver cette identité indéniable face à la croissance exponentielle de la masse des autres individualités qui peuplent la planète ? Devant le danger croissant, n'est-ce pas de là que proviennent les contractions individuelles telles que nous les connaissons aujourd'hui ? La peur de l'autre devient à ce point imminente que l'on voit aujourd'hui la tentation de se réfugier chez soi dans le télétravail, par exemple. J'y vois là la peur de se noyer dans une uniformité sans relief que proposent de nombreuses entreprises publiques et privées. Les médias à cet effet ne font pas d'études exhaustives sur ce sujet ainsi par ailleurs que bien d'autres dont on nous dispense. On ne juge pas important de nous en parler, car les sujets complexes sont trop compliqué aux gens qui n'ont ni le temps, ni le désir de savoir. Il y a de ces vérités que ne nous offrent pas les médias traditionnels. C'est pour cette raison que je vais puiser mes informations ailleurs dans les bouquins ou autres médias tels que Radio France, par exemple. Il y a une profonde contradiction dans la propagande officielle par le monde du spectacle et des médias dans laquelle on ne cesse de prôner d'une part la cohésion sociale, l'altruisme, et l'oubli de soi, tandis que de l'autre, elle valorise l'exploit individuel, le développement personnel et une culture d'un certain narcissisme. Grozdanovith craint qu'elle ait fini par développer chez nous une forme larvée de schizophrénie collective. Mais savons-nous où pouvons-nous faire mieux, telle est la question à se poser. Les médias et le monde du divertissement sont étroitement reliés à des impératifs budgétaires qui n'offrent pas la neutralité exigée pour parfaire une bonne pensée. Des jeux et du pain ne sont-ils pas le mieux que les élus et les entreprises ont à nous offrir ? On a vu apparaître depuis quelques décennies l'individualisme de masse. L'individualisme ne marque pas le triomphe, mais l'effondrement de l'individu. Il s'agit de regarder autour de soi pour comprendre l'énoncé. Il est vrai que le Québec n'est pas la France à certains égards. L'immigration et l'uniformité du monde qui se déploie rapidement pourront bientôt nous faire apparaître, si ce nest déjà fait, une nouvelle vision du Québec que l'on peine à concevoir. Les repères et ce qui reste de nos traditions, c'est-à-dire ce qui nous distingue, se diluent déjà à grande vitesse. Parfois, je me sens comme dans l'œil d'un cyclone. Tout y est relativement calme, trop calme pour être vrai. Les villes sont trop pragmatiques à mon goût, mais je ne sais où aller. Je crois que le monde entier est devenu pragmatique et qu'aucun endroit ne saurait m'épargner. J'aime bien les gens atypiques et non conventionnels. Il leur suffit d'avoir quelques vecteurs de raisonnement pour me plaire. Je n'aime pas les gens qui possèdent trop de certitudes, trop de règles, trop de facilités. Je vois en eux des choses à cacher et à feindre, ce qui me rend perplexe. Je n'aime pas ceux qui n'ont que des réponses comme si la vie était un logiciel comptable. J'aime les gens qui savent prendre des risques et les soutenir même dans l'adversité. Les gens sont-ils autonomes ou bien répondent-ils à un programme préétabli dont ils n'ont pas la moindre conscience ? Je crois qu'il y a raison de s'inquiéter de la surpopulation des villes, Québec n'y échappant pas. J'ai tellement vu de changements s'y produire que je m'inquiète pour son avenir et bien d'autres de même nature. Rien n'est acquis en ce monde. Je songe ici aux empires qui portaient les frasques de leurs richesses s'effondrer comme un vulgaire jeu de cartes. Leurs déconfitures proviennent du manque de vigilance pour la plupart et du surcroît de confiance envers leur vitalité. Il ne faut jamais baisser les bras même dans le plus petit soupçon d'apparence que tout continuera de bien aller. C'est l'orgueil et la vanité qui ont été et qui vont exterminer les empires. N'est-ce pas le premier qualificatif pour un empire ou une nation d'être orgueilleux ? Je crois que nous venons de perdre cette naïveté qui nous allait pourtant si bien. Les agglomérations deviennent menaçantes lorsque la vitesse à laquelle elles croissent les rend potentiellement vulnérables et dangereuses. À bien y faire, il me reste à méditer sur les objets quelque peu modestes de mes désirs et de mes convictions. Le temps n'est pas encore venu de méditer sur mes ruines. Je vous en aviserai par texto lorsque le moment sera venu, n'étant pas pressé à l'heure ou je vous parle.


10 janvier |

Ayant été malmené par les turbulences et les péripéties de la vie, je tente de ressusciter par l'imaginaire littéraire. En cet instant même, par une belle journée de plein soleil, je m'abreuve d'un magnifique manuscrit de Denis Grozdanovitch sur le petit traité de désinvolture. Cette lecture me change des dernières en rompant avec un certain style déjà amorcé. Lire me permet de garder éloignées certaines émotions reliées aux discussions intenses du hasard et à celles lorsque je suis seul à regarder le plafond. J'essaie, du mieux que je peux, d'éviter certains malaises issus de mauvaises interprétations de ma part et du manque de délicatesse de certains de mes interlocuteurs. Lire est l'une des actions qui m'est la plus bénéfique, à condition de trouver les auteurs qui sachent me parler ainsi que les sujets qui en incombent. La lecture me permet de ressentir la douceur des moments anodins loin du vacarme de l'actualité frissonnante. Grozdanovitch me parle avec candeur et ravissement de cette assemblée de déclassés excentriques, d'âges et d'extractions variées, jeunes chômeurs cyniques ou résignés, retraités réactionnaires, glaneurs nonchalants et philosophes en lien avec les usagers de la grande bibliothèque où il passe des après-midi entières. Y a-t-il quelque chose de plus merveilleux que la lecture des détails dérisoires du quotidien où se réfugie la poésie silencieuse à l'assaut du vacarme du tout ce qui va trop vite ? Cinglant le ridicule avec humour et désinvolture, c'est le menu dont je me porte friand et qui me va à merveille. Je me suis souvent déchaîné de sarcasmes confus que j'estimais flamboyants et dont j'étais le seul à en rire. Ce n'est que depuis peu que j'ai appris à me taire devant les gueules de tous ces gens amarrés sur le lutrin de la vie ordinaire. Écrire représente pour moi une douce vengeance qui a mûri très longtemps avant d'amérir sur l'encre de mes mots qui se précisent à chaque coucher de soleil. La littérature représente pour moi la meilleure des thérapies. 


Tout est matière ou produit de la matière. C'est la notion du matérialisme philosophique décrit par André Comte-Sponville. Le matérialisme philosophique est une doctrine qui affirme que la matière est la seule réalité existante, rejetant toute substance spirituelle ou divine, et considérant les phénomènes psychiques et vitaux comme des produits ou des manifestations de la matière. Tout ce qui existe, y compris la pensée, la conscience et la vie, découle de la matière et de ses interactions. En ce sens je suis profondément un philosophe matérialiste. Je crois par ce fait que la spiritualité est d'essor matériel, dont le nom provient de matière. Le matériel est un objet qui décrit ce qui est formé de matière, par opposition à l'esprit, tandis que la matière désigne la substance elle-même. Je me rappelle d'un type qui habitait près de chez moi et qu'après une brève discussion, il m'a identifié comme matérialiste. À cette époque, je fus très malaisé et choqué d'entendre cette remarque plutôt facile, d'autant plus que j'avais affaire à un type qui prétendait avoir de fortes qualités spirituelles, voir même ésotériques. À la lecture de la définition du matérialisme philosophique, cela me rassure que je n'ait rien à voir avec la fascination des valeurs marchandes, ni des attractions ésotériques de certains influenceurs. Le travail élevé au rang de dogme intangible ? Quand le travail lui-même connait une telle expansion, une telle vitesse incontrôlée, il en devient stérile, voire dangereux pour l'humanité. Les valeurs du travail sont passées vers l'extrême droite, je suis de la gauche évidemment. Pourtant, il y aurait eu assez de ressources pour tous les hommes, même en travaillant moins de temps qu'ils ne le font déjà. Tout au plus le travail serait plus humain et plus raisonnable. Les valeurs et les mœurs ne sont plus ceux de mes parents, encore moins des grands. Je ne révidiverai pas ce soir à remettre en cause le système, il paraît qu'on a ce qu'on mérite. Toute l'agitation qui s'abat sur le monde est tellement dépourvue de sens que je peine à rester longtemps dans la foule. Qui aurait pensé que la résistance à cet engrenage commencerait à devenir héroïque, ascétique ? Les honnêtes travailleurs sont devenus les tueurs du temps. Imaginons un instant que nous habitions New York ou Paris ? Imaginez un instant qu'il me faille aller travailler pour gagner ou perdre ma vie. Je frissonne rien qu'à y penser. L'été dernier, j'ai séjourné quatre jours à New York et, à la fin, j'avais la nausée de toute cette vitesse et de la perte de temps à courir après je ne sais quoi, je ne sais où. S'activer et produire devient le centre de nos préoccupations. Le délire est de vouloir toujours en faire plus jusqu'à ce que les os et le cœur craquent. Stevenson reconnaissait dans son ouvrage l'apologie des oisifs, que l'oisiveté a autant le droit de réclamer sa position que les industries elles-mêmes. Les oisifs, en réalité, ne sont jamais réellement inactifs. Ils se consacrent seulement à des activités que dictent les autorités de nuisibles, voire inutiles. La philosophie, de tout temps et dans une grande majorité du monde, apparaissait comme telle, sauf pour les aristocrates et les gens de fortune. Qui n'a jamais entendu dire : arrête de penser et va travailler ? Ne perds pas ton temps avec toutes ces histoires et va te distraire, ce qui veut souvent dire va dépenser. C'est parce la société des loisirs à été récupéré par les grandes industries comparables à ceux du travail. Le chercheur, tout comme le philosophe, est tenu de chercher et non pas de trouver. Je ne recherche pas les réponses mais je me plais à formuler les questions. Quel est le sens à donner à mon existence ? Quel est mon devoir dans la vie, mes responsabilités ? Est-il possible que je souffre d'apathie, d'oisiveté ou de paresse ? Est-il possible que je me sois toujours contenté de vivre en parallèle des activités proposées du grand public afin de me protéger ou de m'y soustraire par désir de liberté ? Le plus haut idéal n'est-il pas de se détacher de la vie telle que l'on connaît ? Dans ce détachement découlent le sens de la liberté, de l'oisiveté et du vagabondage qui permet à chacun de vivre intensément. Dans ce vaste univers du divertissement que connaît le nôtre, pouvons-nous espérer trouver de nouveaux camarades ? Qu'il me soit permis d'en douter, du moins pour ma part. Et si j'étais une femme, le problème serait-il de tout ordre ?J'entends toutefois d'ailleurs qu'il n'est pas impossible, si je peaufine mon langage et mes intérêts. En apercevant à chaque jour la débandade de coureurs arpentant les rues, le visage crispé par l'effort et tendu pour le rachat de leur âme, je peine à constater qu'il faut plus que cela pour se faire entendre du fait qu'ils ne font que passer indifférents à tout ce qui les entoure sauf pour les gains de performance et de compétition. Je délaisse ma lecture pour alterner avant la nuit aux podcasts de Denis Grozdanovith et ses comparses sur Radio France sur le thème du travail. Ce type me réjouis à ce point que je viens de réserver deux ouvrages à la bibliothèque. Doux hiver givré. Braves allées de neige. Un avec le vent.


9 janvier |

Un ami se plaît à me dire qu'il est un joyeux bourgeois bohème, par contraction un bobo. Ce mot-valise a été popularisé par le journaliste américain David Brooks, dans son livre Bobos in Paradise: The New Upper Class and How They Got There, publié en 2000. Il est souvent utilisé de manière ironique ou critique pour décrire ce groupe social hybride. Plusieurs sociologues critiquent la pertinence de cette catégorie en considérant que le terme est devenu une caricature désignant vaguement une personne qui a des revenus sans qu’ils soient faramineux, plutôt diplômée et qui profite des opportunités culturelles en votant à gauche. La définition du Larousse donne une version d'une personne plutôt jeune, aisée et cultivée, affichant son anticonformisme. Un bohème est celui ou celle qui mène une vie au jour le jour, en marge du conformisme social. La Bohême est une région d'Allemagne qui est aussi la terre d'origine des Bohémiens et, de la comparaison avec la vie errante et insouciante qu'on leur prête, est né le mot bohème, pour désigner une personne qui mène une vie vagabonde sans se soucier du lendemain. En résumé, le bobo incarne un mélange de confort bourgeois et d'idéaux alternatifs, créant un style de vie spécifique dans les grandes villes. À lire toutes ces définitions, mon ami est tout sauf bohème. Je dirais plutôt qu'il a le style bohème pour ses goûts du cinéma français des années 70 et son allure de personne décontractée habitant dans un quartier bon chic bon genre. Paradoxalement, les bobos ont de fières tendances consuméristes. Je commettrais une erreur en pensant qu'il n'arriverait rien de fâcheux ou de désopilant si je me cloitrais chez moi à l'abri de la foule et des intempéries que la vie me réserve. La tentation, néanmoins, est grande de se mettre à l'abri de la critique, des regards indifférents et de la controverse. Il y a tellement de questions sans réponses, tellement de doutes et d'incertitudes que l'envie me prend de tirer les rideaux devant la foule qui se presse. Je ne suis pourtant pas antisocial, ni psychotique, ni schizophrène. Je veux seulement avoir la paix de mes mauvais désirs, la paix de mes illusions, la paix des galères qui ne respectent ni mon intégrité, ni caractère. Je n'ai jamais aimé les combats avec autrui. C'est tellement facile de s'y perdre, soit dans la colère, la peine ou dans l'incompréhension. Les grands thèmes qui marquèrent ma vie sont la solitude, le sens large apporté aux relations humaines et à la solidarité, le don de soi, l'amour, la créativité, la liberté, le sentiment d'appartenance et l'ennui dans une mer déferlante de distractions. Cela fait beaucoup de choses à développer, n'est-ce pas ? Depuis quelques semaines, mes réflexions portent précisément sur la solitude ressentie, sa charge émotionnelle à savoir si elle est réelle ou fictive, le besoin inconscient de la fuir par toute sorte d'entraves ou d'illusions, que ce soit dans les activités, les rencontres ou le travail désintéressé. À propos de ce dernier, ma réflexion porte précisément sur les réelles façons de pouvoir contribuer à ce que je peux offrir de concret et d'agréable dans la communauté. J'ai eu une riche conversation à cet effet aujourd'hui avec un ami. Il ne m'est pas facile de répondre avec précision sur ce sujet distinct, mais je m'accorde le temps qu'il faut pour étudier en profondeur la question. L'autre aspect de mes questionnements est de savoir et de reconnaître les réels besoins de m'offrir en partage. Encore là, il n'est pas facile de répondre aisément à cette question, tellement il y a des nuances qui s'imposent. J'ai toujours éprouvé de la difficulté à partager dans la vie des hommes. Dans l'étroitesse des liens, je peux devenir fort malhabile et nerveux, chose qui devrait pourtant être le contraire. Je reconnais chez moi certaines indispositions au bonheur telles que figurées au commun des mortels, par le manque d'empathie envers mes semblables, par exemple. J'adopte trop souvent le rôle de victime par inconscience ou par inadvertance. C'est en constatant certains faits émanant de mon étrange personnalité que mon anxiété se déploie devant autant d'incertitude devant mes peurs et mes besoins réels. Il n'y aura pas de réponses faciles. De toute façon ce sont les questions qui s'imposent en premier lieu, là où seules ces dernières peuvent provoquer des séismes à l'intérieur de soi pour me transformer, soit en papillon ou en chenille. Dans les deux cas, les deux sont aussi importantes l'une que l'autre. Mon problème à vrai dire, c'est que ma confiance en moi parfois se contracte de façon disproportionnée. À ce stade, mon écoute se voit ainsi déformée. Peu importe où que j'aille, quoi que je fasse, l'important est de prendre conscience de toutes ces interrogations qui, somme toutes, font partie intégrante de ma nature contrariée, devrais-je dire. Par chance que les nuits m'apportent le sommeil et l'espoir de voir mes rêves rimer avec la réalité ou du moins la mienne. C'est le moins que je puisse dire. Qu'on me juge d'égocentrique que je vous répondrai d'aller vous faire foutre. De quel droit pouvez-vous vous permettre de juger la vie d'un homme sans l'avoir habité dans son cœur et sa tête ? Qu'à cela ne tienne, cela s'adresse à moi aussi.


8 janvier |

J'ai passé au travers de la pile de livres sur la petite table du salon. Tous ceux de ma bibliothèque ont été ressassés des dizaines de fois. Plusieurs de ceux-ci n'offrent plus qu'un décorum au milieu de la grande pièce. Je peine à croire l'intérêt que j'eusse à retourner jadis, les feuilles de ces corps endormis. Je suis en mode panique. Il m'est difficile de tenir sans un auteur à mes côtés me racontant des histoires que je ne connais pas. Il y a des livres qui se démodent, d'autres pas. Je sais reconnaître une bonne lecture d'une mauvaise, peu importe le sujet, tout est une question de goût. Parfois je me demande si je suis matérialiste, un peu, beaucoup. Je ne saurais dire exactement. Parfois, je relis les notes de mon journal écrit il y a plusieurs années. Mon style et mes propos ont considérablement changé depuis. Je ne retourne plus en boucle mon nombril, ma violence, mes malheurs, mes désanchantements. Un auteur disait que pour ne conserver qu'une seule page, il devait en écrire une soixantaine. Je n'ai ni le goût, ni la patience pour éditer un essai, ni d'alimenter un public. J'ai toujours été de ceux qui, malheureusement, veulent des résultats immédiats. C'est souvent mon intuition qui me sert de guide. Ma perception du temps a bien changé depuis que j'écris et que je lis. Je me rappelle, déjà, avoir eu de la difficulté à me concentrer sur certaines lectures. Je crois que l'esprit est comme un muscle, qu'il se renforce à force de gymnastique et de motivation. Jadis, je passais mes soirées devant le téléviseur, que maintenant je ne saurais qu'en faire. Il m'a suffi d'un peu de soif littéraire pour voir s'édifier un palais dans lequel je siège au milieu de ma mémoire. En réalité, la littérature m'a toujours habité. Écrire exige d'être passionné, j'en possède les prémisses. Ce n'est pas tout le monde qui est prêt pour la liberté. La liberté n'arrive jamais toute seule. Je me suis toujours demandé si j'étais un réel solitaire par choix ou par désespoir de cause. Je suis solitaire par le refus de me résigner en première instance. Dans la solitude, j'ai cessé de m'enfermer, je prends du recul, et de la hauteur aussi. Jacqueline Kelen dit que la solitude est l'ultime bastion de la résistance face à la bêtise, au conformisme et à la vulgarité. En moi, la distorsion entre isolement et solitude. Je crois qu'en mon fort intérieur, le sentiment d'isolement m'a fortement marqué dans ma jeunesse. J'ai continué à le faire vibrer dans ma mémoire comme s'il existait en moi, à tort. La douce solitude a pris le relais de l'isolement sans que je m'en rende compte. Mon état aujourd'hui n'est plus le même depuis que je fais la distinction entre les deux. La littérature fut le pont entre ces deux périphériques. Je suis un produit de la société, de ma famille décomposée, de la génétique, de l'histoire. En cela, je ne peux rien y faire. Il ne me reste qu'un choix à faire, c'est de tenter par les moyens qui m'incombent de m'élever au-dessus de celui que je crois être. Je ne suis ni ma famille, ni la société, ni mes amis, je suis seul bien avant tout. C'est pourquoi l'humain que je suis, pourvu de conscience et de dignité à mon égard, doit apprendre à consolider sa solitude et m'en faire une amie. Jacqueline Kelen n'est plus seule dorénavant, elle a su tisser un vaste réseau de lecteurs grâce à sa solitude. Que la vie est étrange et paradoxale, n'est-ce pas ?


7 janvier |

Combien sont ceux qui se font subjuguer par les pensées toutes faites sécrétées ou tolérées par le système économique et boursier dominant ? L'ennui naquit le jour de l'uniformité, la régression culturelle en serait la première victime suivie de tout processus dialectique. Un type de force s'acharne au niveau de la planète et de la culture : les multinationales américaines sont de grandes menaces, mais elles ne sont pas les seules. Les modèles culturels de masse qu'elles imposent soustraient de l'humanité à guichets ouverts. L'uniformité prend le visage des plateformes technologiques. Elle forme tous des personnages identiques. C'est au nom de la mondialisation et du progrès que l'opération se pare d'amnésie culturelle. Où va le monde ? Où voulons-nous qu'ils aillent ? Avons-nous le pouvoir de le transformer pour quelque chose de meilleur ? La plus grande comédie du siècle est de croire à un marché unifié. Elle unit surtout les gens riches à la bourse et à la spéculation. Les grandes zones de libre-échange poussent les nations à un véritable processus de dissolution. Dans le monde des multinationales, le nationaliste représente un danger. Les comportements à la mode sont des courants dominants du marché. Les conformistes sont les premiers à se faire prendre au piège, pas tous heureusement, du moins pas encore. J'ai toujours possédé une attitude d'avant-garde. Le danger pour les sociétés, ce n'est pas qu'elles changent, c'est qu'elles changent trop peu, trop mal, c'est qu'elles ne régressent plus qu'elles ne progressent. Maintenant que j'ai dit cela, qu'est-ce que je fais ? Me rétracter dans mes tranchées, faire semblant que tout est formidable, attendre les jours meilleurs en suivant à la loupe les bulletins de nouvelles. Le vrai changement débute dans la réflexion et dans le tri. Il s'exorde de résistance que de laisser-aller, préservation qu'abandon. Nous devons tenir tête au monde standardisé, uniforme et crétinisé. Nous devons acquérir de véritables connaissances de l'histoire et du sens profond de la liberté, particulièrement de la liberté d'imaginer. Je crois qu'une masse considérable agit en ce moment dans le silence et qu'au moment opportun, ils réussiront à dire ça suffit aux prédateurs insolents de la démocratie et aux imbéciles qui mènent le monde au nom du progrès et de la sécurité nationale. Le sage est celui qui s'étonne de tout, disait Gide. La littérature rompt avec la grisaille et l'ennui. Je suis si étonné de constater qu'après mes lectures, je ne me rappelle presque plus de rien de ce que j'ai lu la veille. Peut-être n'est-il pas important de tout emmagasiner ? Peut-être que le destin en veut ainsi afin que je puisse poursuivre mes lectures le jour suivant ? Peu m'importe pourvu que je lise et j'écrive. Ce n'est pas tant la destination qui importe que la route à suivre. Dominique Noguez dans les plaisirs de la vie me raconte un passage fort intéressant qui, étrangement, j'avais noté il y a une dizaine d'années, sinon davantage. Même s'il retrouve les mots pour les mimer ou les singer de façon critique, il y ajoute cette fameuse fonction poétique qui consiste en une sorte de narcissisme cérémonial et d'ajout festif. Les mots, par exemple, au lieu d'être les humbles serviteurs d'une information à transmettre, vont se parer, chercher à attirer l'attention sur eux-mêmes, donner le plaisir supplémentaire de la plasticité et de la musicalité, d'où surprise, toujours. Je lis et j'écris toujours le soir après le repas. C'est peut-être pour cette raison que je rêve autant. Mon inconscient accumule tellement de choses au fil des années que je me rappelle plus de tous ces récits abracadabrants le matin au réveil. Donner le plaisir de rompre avec la réalité m'a toujours révélé un objectif à atteindre. L'art possède cette fonction d'éviter de prendre des risques inappropriés. J'ai tant recherché la surprise pour la surprise que j'en suis venu à trouver mon existence stérile sans elle. Toutefois, je vois les choses bien autrement sur les quelques heures passées avec la littérature au quotidien. Je n'ai plus autant le goût d'agiter mon corps entre vents et merveilles pour me surprendre et me satisfaire comme je l'ai fait toute ma vie durant. Le conformisme amène à la suppression de la surprise jusqu'à plus rien du tout. Les plaisirs de la vie de Dominique Noguez sont pour lui, avant tout, un plaisir du langage. Il y a la rhétorique de la surprise : des traits propices à surprendre en donnant du plaisir ou de la matière à réflexion. J'ai toujours aimé cette dernière approche qui est en sorte de déstabiliser mon interlocuteur dans ses habitudes et ses croyances à la manière socratique. J'espère que vous me comprendrez que lorsque je parle de culture, je ne fais pas référence aux champs de maïs, aux pommiers et aux alouettes dans le pré. Les surprises visant autrui dont je viens de parler parfois sont attribuées à l'autosabotage dans le peu de confiance que je m'attribue. Dans ma solitude au travers de mes mots, je conçois à mon étonnement incessant, que quelque chose soit plutôt que rien, et que ce soit cela. Soif toujours brûlante, toujours apaisée, dans l'attente douce d'une surprise qui tarde à venir. Pictogramme en liasse d'une habitude qui ne veut pas mourir.


6 janvier |

J'aime le thème des fenêtres et des rideaux en images. J'ai toujours aimé la photographie. Mes clichés n'ont pas toujours été celles qu'elles sont devenues aujourd'hui. Je me rappelle du temps où les images étaient en papier que j'allais chercher à la pharmacie. C'était à cette époque, la préhistoire de la photographie. Le tarif pour une enveloppe de trente-six images était assez cher. Je me débrouille pas mal en arts visuels, malgré que je ne suis pas un professionnel. Dans ma carrière de guide, je prétends avoir été un professionnel, quoique ce terme ne me plaît guère. Je trouve ce titre hautain et arrogant, ceci est mon humble opinion. Il y aura toujours quelqu'un pour critiquer le travail qu'on fait. Paul Valéry disait que les hommes se distinguent par ce qu'ils montrent et se ressemblent par ce qu'ils cachent. Je fais de plus en plus l'éloge de la lenteur. Comme il me paraît absurde de voir les gens d'un certain âge à la retraite courir comme des petits veaux. Toujours pressés avec des horaires chargés, en compétition sans cesse avec eux-mêmes jusqu'au jour où un morceau cédera à l'usure. Les jeunes se dépêchent d'avancer en âge que les vieux ne veulent pas vieillir. Nous ne sommes jamais contents de notre sort. Nous voulons toujours davantage, alors nos réserves sont quasiment pleines, ad vitam æternam. J'exagère, comme toujours. Les désirs et les besoins cohabitent avec nous depuis le berceau. La lenteur exige que nous puissions laisser respirer notre âme à travers la flânerie, l'écriture, l'écoute et le repos, écrit Pierre Sansot dans le bon usage de la lenteur. Le monde va de plus en plus vite. Il est devenu si difficile à suivre que je jouis à cultiver la belle tranquillité. La raison veut-elle que je m'incline devant un processus que l'on dit irréversible ou bien ne nous invite-t-elle pas à nous soustraire à une telle galopade quand rien ne la justifie ? La plupart des gens me semblent vivre dans une espèce de pénurie. La lenteur est un choix de vie malgré les coûts prohibitifs. De plus en plus, le partage du coût de la vie est une solution afin de pouvoir conserver sa lenteur et sa dignité lorsqu'il est impossible de faire autrement. Il est toujours possible de se révolter, mais seul contre Goliath, le risque de voir nos actions tomber à l'eau est évident. À force d'être pressé dans un étau, les chances de s'en sortir fondent à vue d'œil. Serait-il possible que nous soyons tellement soumis que nous ne puissions poindre des jours meilleurs ? Notre individualisme fait de nous des êtres fragiles, car seuls nous ne pouvons pas changer l'ordre des choses. Pourtant, il y a urgence d'agir. Comme il est grand, le fait de se lever dans la lumière et de se reposer le soir venu sous les ombres. J'en suis venu à en vouloir à ceux qui voudraient remplir mon espace de leurs propositions malhonnêtes et futiles. Je leur exprime mon désaccord dans ces quelques lignes en exigeant qu'il me laisse cheminer à mon rythme plutôt qu'à celui qu'ils croient être le bon. Je vis dans un norme qui m'affaiblis bien malgré moi.


5 janvier |

Encore faut-il accepter qu'il n'y ait rien que quelque chose. Je suis souvent effrayé à l'idée de n'avoir rien à faire. Que se passe-t-il alors ? Un petit moment de panique et un sentiment de grand vide vient meubler mon esprit avant de prendre quelques profondes respirations. Ce qui est plus douloureux, c'est lorsque le corps est obligé de s'arrêter pour des raisons de santé. Tout à coup le corps se relâche dans la sieste et en écoutant de la musique. C'est dans l'acceptation de cet état transitoire que l'esprit se relâche et de nourrit. En ce début de semaine, j'ai entrepris quelques appels afin de planifier quelques rendez-vous pour valider mon état de santé et occuper le surplus d'heures libres à ma disposition. Être à la retraite exige d'être créatif pour meubler son temps. Être à la retraite, c'est souvent être seul pour ma part. Il vient un temps où des efforts sont requis pour sortir de la solitude, cette douce et troublante chose qui me menace en même temps qu'elle me nourrit. La solitude n'est pas à confondre avec le sentiment d'isolement, qui lui est nocif pour la santé mentale. Je suis devenu au fil du temps une âme soumise au flux de l'information. La masse de données à laquelle j'ai accès va réussir à faire de moi un tas de débris venant s'échouer sur les rivages des océans. Ce n'est que grâce à la philosophie que nous pouvons résister à ces flux et reflux. La pression médiatique est telle qu'il nous devient impossible de démêler la fiction du réel. Le nouvel océan de l'information continue risque de nous amener dans un naufrage spirituel. Il me semble que la parole ne serve plus qu'à nous enfoncer dans le sombre tunnel des graves crises contemporaines. Il me semble, en écoutant la foule, que la parole ne mène nulle part ailleurs que dans une existence absurde. À ce moment, il faut se faire silence et attendre qu'un nouveau jour se lève. L'usage narcissique et matérialiste du verbe se traduit par le désenchantement du monde, me raconte Jan Marejko. La philosophie est ce désir de traverser cette épaisse couche de mensonges, d'illusions, de peurs et de préjugés. En philosophie on n'obtient jamais de résultats et jamais elle ne pourra me dire ce qu'est le réel. Savoir prendre une distance avec ce qui m'entoure est un geste nécessaire de sagesse. La conscience est le pouvoir d'agir, de ne plus se soumettre inutilement. Quand la santé va, tout va. C'est une affirmation simpliste mais qui est porteuse de sens. Pour exercer un certain pouvoir sur moi-même, je me retire en réfléchissant dans une sereine solitude. Grâce à cette distance, je peux voir le monde, le connaître et possiblement le changer d'une manière subjective. Il y a un lien étroit entre la conscience et la liberté. Pour plusieurs, se retirer en soi-même est synonyme de craintes, car ils ont peur de ne rencontrer que le vide, hélas ! Ce rien constitue l'espace immatériel de la pensée. C'est ce que j'ai découvert aujourd'hui dans ce qui me semble être une journée de rien. C'est dans cette chambre obscure de la conscience et du rien que l'homme trouve la plus profonde source de vie et non point du tout dans ce qui s'offre à ses sens. Ceci est une observation intéressante qui donne matière à réflexion. Il ne faut toutefois pas penser qu'ils nous fassent priver de ses sens, comme quoi seul dans nos pensées, nous deviendrons complètement cinglés. L'équilibre entre les sens et la conscience est difficile à établir. Une autre soirée d'écriture vient de se terminer. Je vais tenter de prendre conscience, avant d'éteindre ma lumière, du rien qui m'entoure et qui me donne de l'espace entre chacune de mes pensées.

4 janvier |

Un évènement étonnant m'a foudroyé en consultant une médecin dans un hôpital près de chez moi très tôt ce matin. Après deux heures d'attente et de violents maux de tête qui perdurent depuis plus d'une semaine, le docteur du haut de sa chaire me signale que je n'ai pas d'infection aux sinus et me demande tout bonnement si j'avais des projets dans la vie, tout en me donnant des leçons. Grand fut mon étonnement devant d'aussi gratuites affirmations, d'autant plus que je ne voulais consulté ni un psychiatre, ni un psychologue pour mes maux de tête et nausées. Je revendique quelques mots pour ne pas m'effondrer de stupeur. Il en rajoute en m'indiquant que la mise en forme que je fais depuis toujours n'est pas un projet suffisant pour la retraite. Que sait-il de moi pour s'exprimer de la sorte, lui qui n'a que de brèves notes médicales dans mon dossier ? Ne voit-il pas que j'aurai 68 ans dans deux mois ? Être heureux ne suffit-il pas ? J'aurais voulu le faire parler davantage qu'après cinq minutes je devais laisser la place au suivant. Si j'avais voulu obtenir des conseils sur mes projets de retraite, je n'aurais pas été aux urgences de l'hôpital. Après coup, je constate qu'à défaut de faire plus pour moi, il s'est improvisé à mes dépens. J'ai passé le reste de la journée à ruminer cette histoire étrange, tentant de me culpabiliser à tort. J'ai tellement gravi de sommets et parcouru tant de contrées lointaines que je me repose de toute cette agitation. Comment répliquer à un médecin au travail et en autorité lorsque je suis souffrant, ne demandant aucune autre requête que celle de me soigner un mal de tête virulent ? Mes projets de retraite consistent, malgré le fait que je peine à me justifier, à entretenir de belles et trop rares relations d'amitié que je possède et surtout avec celle que j'aime depuis bientôt deux ans. Je fais quelques voyages aux chaudes saisons avec mon campeur, qui est en soi un projet peu anodin dans la façon dont je trimballe ma vieille carcasse et qui s'affiche de plus en plus usée. Je lis et écris comme jamais je l'ai fait auparavant en entretenant un blogue au quotidien. Je fais de l'exercice, du yoga et je marche tous les jours. Je vais au cinéma, je participe régulièrement à des cafés philosophiques, j'assiste à quelques concerts. N'est-ce pas là de beaux projets pour un homme ayant abdiqué totalement aux labeurs d'une vie agitée ? Je n'ai ni enfants, ni famille, auxquels je ne peux m'offrir en partage. J'ai longtemps réfléchi en lien avec le bénévolat que je pourrais faire. La seule participation que j'ai à offrir réside dans mon désir de dialoguer en profondeur sur des sujets philosophiques et autres qui donnent du sens à l'existence. Parler, écouter, dialoguer à deux ou en groupe, n'est-ce pas là un splendide projet de retraite et une belle implication simple et ressourçante ? 

Je n'ai ni appris à bricoler, ni à construire, ni à vendre de la camelote, ni à me joindre à une grande table d'administrateurs ou de comptables. Je n'ai ni appris à jouer de la musique, ni à peindre ou à faire du théâtre. J'ai surtout appris à parler, à voir, à rêver de paysages et à réfléchir. J'ai souvent tenté d'être heureux. J'ai souvent appris que le bonheur n'est pas durable, ni les liens, ni la santé. Mes projets sont étroitement liés à certaines peurs aussi paradoxalement soient-elles. J'ai tant voulu que le passé n'existe pas et que je puisse toujours me réinventer une nouvelle vie à chaque saison. Mon projet de vie pour la prochaine étape est de vivre dans la pleine conscience, de mieux écouter, d'apprendre et d'aimer. N'est-ce pas là un beau projet de retraite, docteur ? Dans ma routine au quotidien, car il en faut bien une, je revois souvent Sisyphe roulant sa pierre en haut d'une montagne. Lorsqu'il atteint son objectif, non pas sans misère, la pierre qui redescend lui offre un répit pour réfléchir et contempler les beautés du monde qui l'entourent. Il réfléchi alors sur ce qui est devenu sa vie d'immortel d'avoir été puni des dieux pour avoir enfermer la mort dans un placard pour vivre éternellement. La morale de cette histoire est qu'il y a toujours un côté positif à chaque histoire, à chaque effort. J'associe l'histoire de Sisyphe avec le fait d'aller au gymnase, par exemple. Le plus difficile, c'est de m'y rendre. L'histoire de Sisyphe m'aide à avancer dans la vie. On a tous besoin d'images et de messages forts pour donner du relief et un sens à nos routines. Une chandelle parfumée à mes côtés ce soir en lisant suffit à ma peine. Les bougies sont beaucoup moins chères qu'un voyage au Kilimandjaro et peuvent apporter plus de paix dans l'âme à ceux qui savent ce que c'est que d'avoir parcouru le monde. Possiblement que le médecin et moi-même ne sommes pas rendus au même endroit dans la vie ? C'est dans les petites choses maintenant que je puise mon bonheur, même si je sais qu'il est cruellement passager. C'est dans la littérature que mes orgasmes sont les plus longs aujourd'hui. Descartes affirmait que la preuve de mon existence ne m'est donnée par les autres, mais bien par ma propre conscience. De quoi je me mêle aurait été ma réplique auprès du médecin insouciant, mais à ma grande stupéfaction et à ma vulnérabilité devant mon malaise et ma douleur, il me fut impossible de lui asséner quelques bravades. De toute façon, dans cinq minutes il m'aura oublié, comme la plupart des types qui le visitent sans même le choisir. Je me dis, après que la poussière retombe, que c'est pas de sa faute et qu'il possède lui-même un numéro au même titre que ses patients. Il se doit d'avoir quelques réponses aux patients qu'il rencontre, même si elles ne s'accordent pas à la réalité de ces derniers. 

Savoir discerner le vrai du faux est un art qui se cultive. Le problème réside lorsque la peur et la souffrance l'emportent sur la raison et le discernement. J'aurais aimé qu'il me raconte la même histoire sans sa blouse blanche et son titre épinglé sur son froc. Il fut une époque où la capacité des individus à s'écouter n'était pas valorisée. Elle constituait même une menace pour la norme, le risque d'un désordre inutile dans une société structurée en ordres. La confiance en soi n'a vraiment pas eu de sens jadis à part quelques aristocrates à l'enjambée chevaleresque. C'est depuis l'âge des Lumières et de l'apparition des grands principes démocratiques que le monde s'est transformé. Faire confiance à son intuition et apprendre à s'écouter, c'est tout simplement être libre. Pour savoir reconnaître ce qui se cache derrière d'innombrables pseudo-vérités, cela demande beaucoup de discernement, de multiples connaissances et surtout une grande confiance en soi. L'expérience m'apparaît dans ce qu'il y a de plus essentiel dans l'équation, toutefois elle peut s'avérer inutile et dérangeante. La liberté n'a rien à voir avec l'absence de contraintes, bien au contraire. Oui je m'écoute, mais en éprouvant certains retards devant l'hésitation et la peur de me tromper. Aujourd'hui, au gymnase, je discute politique avec un américain traditionnel. Je mets en disgrâce le président des États-Unis avec quels exemples et réflexions. Il est devenu rapidement gêné devant tant d'opinions de ma part. Rapidement, la conversation s'est répandue à d'autres gens dispersés dans le gymnase. Tous ont conjugué être en accord devant mes propos sur cet ignoble personnage aux profils violents et orangés. Je me demande bien parfois quelles sont les sources de vérité, si elles existent vraiment, de tout ce peuple qui ne reconnaît que l'ordre, même dans l'injustice. À force de vouloir parler politically correct, aucun véritable dialogue n'existe vraiment chez certains voisins du Sud. On évite les discussions franches, mais on hésite pas à sortir son fusil et à appeler le shérif à la moindre intercation. C'est qu'ils savent à quel point il peut être dangereux pour certains d'entre-eux de débattre sur la place publique avec un révolver caché sous le siège de sa voiture. Alors proviennent les clivages et les divisions que l'on connait actuellement. Les médias sociaux avec leurs influenceurs qui font leur apparition à chaque semaine ne font qu'envenimer les débats, lorsqu'ils existent vraiment. Je crois que l'américain en provenance de la Caroline du Sud devra découvrir des différentes sources de vérités en tentant de raffermir son esprit par des lectures sincères et appropriées. Tout ce qui nous arrive sont des expériences qui nous servent à grandir. Son embarras évident devant la honte d'avoir élu ce président malaisant et dangereux l'amènera peut-être à vouloir réformer le monde dans lequel il habite. Il aura définitivement besoin de beaucoup d'aide de ses concitoyens pour atteindre ses nouveaux objectifs suite à son réveil brutal.

1er janvier |

Il faudrait bien que je tente d'écrire par moi-même de temps à autre, au lieu de passer par des intermédiaires que sont les auteurs et les philosophes. Manquerais-je à ce point d'inspiration pour me laisser dépasser par tous ces écrivains sans que je ne lève l'index ? Car c'est bien de l'index qu'il s'agit en l'agitant à vive allure sur l'écran de mon téléphone. En ce premier jour de l'année, je n'ai aucun vœu à exercer à part celui de me tenir en bonne santé physique et mentale. Aussi, je compte bien poursuivre mon intérêt pour la littérature et la philosophie par ma force et ma vitalité. Depuis bientôt deux ans, une jeune femme que je respecte et que j'aime a fait de moi un animal plus accompli. La chose qui me revient en pensant à elle, c'est que nous nous ressemblons considérablement à quelques différences près. Ce n'est pas à tous les jours que de pareilles coïncidences s'invitent dans notre parcours. Tous les deux têtus avec des caractères bien affirmés, nos échanges sont intenses, d'autant plus qu'elle a plus d'énergie que moi pour l'âge qui nous sépare. Des gens me disent que nos différences d'âge accusent les hommes de rechercher de plus jeunes femmes. Jaloux, je réponds. En prime, sa beauté n'a d'égale que son intelligence. À part ça, il m'arrive peu de choses. Probablement que c'est mieux ainsi. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles pour ainsi dire. L'année vient de se terminer avec quelques infections respiratoires et un mal à la voûte plantaire du pied droit qui perdure depuis plus de deux ans. J'interprète cette douleur lascive comme quoi je dois m'assagir en restant tranquille. L'hiver est arrivé plus tôt cette année. Cela m'est complètement égal, j'aime le froid et les journées tranquilles dans la neige. Les raisons de ceux qui n'aiment pas l'hiver sont les autos et le pelletage. Tout ceci est pour moi chose du passé. Je n'entrevois par choix que les beautés et les plaisirs de l'hiver dorénavant. Il y a plein de questions auxquelles je n'ai pas de réponses. La première est pourquoi plusieurs reçoivent des appels et des invitations, alors que moi peu ou pas ? Ai-je un si sale caractère ou des opinions mitigées que l'on veuille m'éviter ? Ceci est mon schéma avec lequel j'ai eu tant de peine à comprendre. Distorsion cognitive est le terme utilisé pour expliquer mon épanchement. Je délaisse temporairement la philosophie pour la psychologie un instant. Je tente de reprendre le langage du plus commun des mortels dans cette page où aucuns auteurs n'est venu m'interrompre. J'ai volontairement conspiré à m'exprimer sans intermédiaires ni artifices en ce premier jour de l'année. Je ne partirai pas ce soir sur de grands exposés sur la réforme du monde et les raisons pour lesquelles nous existons. Je veux simplement dire que je suis heureux d'avoir franchi une année de plus dans une relative paix et une bonne santé. J'éprouve une joie immense à écrire dans ce blogue qui fait parti intégrante de moi-même depuis déjà plusieurs années. Je constate qu'à bien des niveaux tout au long de mon existence, j'ai pris des retards sur certaines choses et pris de l'avance sur d'autres aspects, comme quoi tout arrive à point à celui qui sait attendre. Mon parcours est étrangement atypique. Toutes mes tâches et mes principaux objectifs ont été atteints, non pas sans misère, mais avec beaucoup de gratitude que je récolte aujourd'hui. Lorsque je tente en vain d'avoir du regret pour les choses que je n'ai pas, je me contente des choses qui sont à ma disposition. Aujourd'hui, j'ai réservé trois bouquins à la bibliothèque pour commencer l'année avec de bons et fidèles amis, les auteurs. En attendant, je puise à l'intérieur de moi-même ces quelques mots pour faire mon entrée dans cette nouvelle année que je souhaite prospère de santé, de sagesse et d'amour. Je prends conscience qu'en m'appuyant sur de nombreux philosophes, comme je le fais depuis quelques années, je minimise ma capacité à écrire mes propres mots, mes propres interprétations. À défaut d'avoir un public en face de moi et qui m'a appuyé pendant des décennies, je compense largement en écrivant au quotidien mon journal intime et mes récits de voyage, avec ou sans l'aide des auteurs. J'ai compris depuis peu qu'il est important de rester tranquille quelquefois et de laisser à feu doux la marmite faire son travail. J'ai appris aussi qu'après de nombreux malaises, qu'il valait mieux rester allonger sur mon divan que de courir dans toutes les directions. J'ai besoin de rites pour m'octroyer des périodes de relâchement. La simplicité volontaire s'exprime aussi dans les mots et les gestes lents. Les images dans le journal sont sélectionnés avec grand soin et reproduites avec une immense joie afin d'apporter un complément aux textes. La première photographie de l'année est un rideau qui se lève pour m'envelopper de lumière et de sagesse. Faire confiance à mon intuition, apprendre à m'écouter, c'est devenir libre. Je le suis déjà en appliquant ses règles, devrais-je dire. Mon prochain livre qui m'attend est la confiance en soi de Charles Pépin qui devrait m'aider à  atteindre de bonnes grâces pour la prochaine année devant laquelle je la souhaite heureuse et sereine. Je pense, donc j'existe. 🌿