Dilettante

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

________________________

Facebook | Galerie

Polarsteps



16 avril |

Je laisse monter en moi lentement les pensées, les impressions. Qu'est-ce que j'ai de si important à exprimer ce soir ? Je ne suis pas le seul en ce moment qui tente de faire le point sur sa vie. Quel sens donner à mon existence ? Que puis-je faire de plus pour être davantage serein et heureux ? Peut-être que la réponse est de cesser de vouloir faire quelque chose. L'un des groupes d'entraide auquel je participe régulièrement offre la parole à ceux qui souffrent à différents degrés. La plupart qui se rassemblent ont ceci en commun, qui sont de vivre dans les montagnes russes. Les témoignages sont d'un grand courage et d'une profonde transparence. Rassemblés en petits groupes autour d'un cercle, les discussions sont respectueuses et éloquentes. Deux d'entre eux ont courageusement affirmé avoir tenté de se donner la mort récemment. Je me sens privilégié d'être présent à l'intérieur de ces groupes. Ici, l'humanité prend tout son sens et m'offre la possibilité d'être un meilleur homme, à condition que mon écoute soit sincère. Raphaël Arteau-McNeil dit que pour élargir la sphère de son expérience, il faut encore sortir de soi, connaître les mille visages de la condition humaine et voir, non seulement, ce qu'ils vivent aujourd'hui, mais ce qu'ils ont vécu dans le passé. La question des grandes œuvres se pose encore aujourd'hui. Les grandes œuvres sont des créations artistiques et littéraires de tout acabit ayant marqué l'histoire par leur impact culturel, leur maîtrise technique et leur universalité. Je fais le lien sur les grandes œuvres pour bien saisir la portée qu'elles ont sur moi. L'ouverture aux autres dans la diversité a toujours m'a toujours apparue l'essence même de l'humanité. À titre d'exemple, j'adresse la parole la plupart du temps à des étrangers lorsque je prends l'autobus plusieurs fois par semaine. Je sais pertinemment que les lois sur la laïcité au Québec viennent d'être adoptées et que quelques centaines de musulmanes se sont vu montrer la sortie pour avoir refusé d'enlever leurs voiles dans le cadre de leur fonction. Une jeune femme voilée s'assit près de moi, un africain derrière. Je débute par des questions de cet ordre, en interpellant les deux personnes concernées. Quelques minutes passèrent et j'ai compris que j'avais atteint mon objectif, qui est celui d'avoir apporté un dialogue constructif. Les questions sont toujours plus importantes que les réponses dans ce cadre-là. Je n'ai rien à perdre et tout à gagner en conversant avec les gens autour de moi. Cela s'appelle de la civilité. J'ai toujours eu de la facilité pour parler aux à autrui et encore plus lorsque le terrain est neutre. Les livres sont fascinants pour l'intimité viscérale qu'ils provoquent chez les lecteurs. On reconnaît une grande œuvre lorsqu'elle reste jeune et fraîche. C'est celle qui nous marque le plus. Lire laisse entrer une lumière d'intelligence en soi à laquelle je peux plus me passer. C'est grâce à la lecture que je peux me dissocier d'une identité que je croyais mienne ou que je crois être. Les livres nous délient de croyances adoptées par habitude ou par instinct d'une peur qui n'a plus raison d'exister. Encore faut-il avoir les bons livres sous la main. En ce sens, j'apprécie beaucoup la lecture à propos de l'éducation et de l'héritage de Raphaël Arteau-McNeil, un philosophe et enseignant émérite québécois. Cela me rassure que des écrivains et penseurs du pays peuvent autant me surprendre en m'apprenant plein de choses que j'ignorais. Je tiens ici à écrire cette parole de sagesse pour mieux l'intégrer. Que je puisse trouver la sérénité d’accepter ce que je ne peux changer, le courage d’agir sur ce qui est possible, et la sagesse de faire la différence entre les deux. Cette prière, ou nommez-la comme vous voudrez, représente l'ensemble des choses que nous avons à retenir pour nous libérer de l'adversité et de notre pire ennemi, qui est nous-mêmes. La lecture, tout comme l'exercice physique, exige de faire des efforts si l'on veut être récompensé. Le jouisseur de la vie que je fus peut prolonger sa vie au contact des grandes œuvres. Qui dit grandes œuvres pour moi ne veut pas nécessairement dire celles du passé. Une grande œuvre pour moi peut tout simplement être classique ou contemporaine. Je n'y fais pas de distinctions, pourvu qu'elle ne touche et m'apprenne à penser. J'ai toujours cru que je portais le monde en moi. Mes plus grands malheurs furent d'avoir l'impression d'être coupé du monde. Les livres ont ceci de noble qu'ils me relient au monde et qu'ils me délient la langue. L'éducation est un mouvement vers soi. Si je mets tant d'efforts à lire, c'est que les livres renforcent ma volonté. En l'absence d'éducation, l'humanité qu'on est censé porter nous fragilise et nous isole. En s'éduquant, les caractéristiques de notre humanité sont mises à contribution : conscience, intelligence et sentiments. Encore faut-il adopter une méthode qui nous convienne. Je crois avoir mon rythme en considérant qu'il s'accroît dans une certaine sagesse. Je dis certaine, car la sagesse n'est que l'affaire des dieux. Arteau-McNeil dit que la nature d'une activité se juge en fonction de la méthode qui la gouverne. Une méthode peut être tout aussi bien pour moi, prendre l'apparence d'un rituel. Une méthode ne provient pas nécessairement de l'extérieur pour que je l'approuve. Les méthodes sont toujours à reconsidérer selon différents facteurs qui nous lient entre le temps, l'apprentissage et l'agrément. Je prends conscience en vous écrivant à quel point j'improvise dans une création pédagogique impitoyable. Le problème aujourd'hui, c'est la rupture avec certaines traditions qui se sont transmises jusqu'à nous. L'éducation permanente me permet de faire vibrer la culture que je porte en moi et de la transmettre. Cet ouvrage de l'auteur m'ouvre des portes que je ne pouvais pas m'imaginer et ce, malgré les connaissances acquises. Il faut prendre garde aux expériences et connaissances acquises du passé, car elles nécessitent toujours d'être renouvellées pour être porteuses de sens. J'étais ailleurs pour que je m'en préoccupe. Je porte beaucoup de gratitude envers l'être que je suis pour la trajectoire sinueuse et contradictoire entreprise au fil du temps. Cette gratitude se révèle aussi par le fait que je n'ai jamais cessé ma course dans la recherche de ma vérité. Nous sommes chacun d'entre-nous, en réalité, de grandes œuvres qui méritent toute notre attention pour mûrir et s'accroître en sagesse et dignité.


15 avril |

La liberté de parole accompagne la démocratie, ce qui fait à la fois sa grandeur et sa misère. Un flot intarissable de paroles peut nous faire naviguer à la dérive. C'est ce qui est arrivé à la Grèce antique d'Athènes. Socrate a dit qu'une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue. Platon, sous l'influence de Socrate, se mit à lire Homère et des poètes. À partir de ces lectures et des discussions, Platon se mit à rédiger ses textes. L'éducation par les grandes œuvres pouvait désormais survivre, nous indique Raphaël Arteau-McNeil dans son livre : La perte et l'héritage. Les grandes œuvres de l'Antiquité païenne grecque ont perdu leur centre de gravité sous l'égide du christianisme de l'Empire romain. L'Église a imposé ses lois, repoussant ainsi le bruit des questions philosophiques des anciens Grecs Néanmoins, les grandes œuvres ont continué d'être transmises, enrichies d'un corpus d'œuvres chrétiennes. Et puis est apparu le recueil de Lucrèce sur la nature des choses qui fut édité pour la jeunesse afin de transmettre la beauté et la sagesse ancienne grecque. Machiavel introduisit les grandes œuvres classiques grecques à l'intérieur de profondes discussions sur la modernité. C'est à ce moment que débutère l'éducation à partir des grandes œuvres classiques grecques. L'élément démocratique d'Athènes revenait avec une force renouvelée. Ces propos historiques importants pour ceux que la démocratie intéresse représentent l'évolution des grandes œuvres qui nous sont parvenus à ce jour. L'histoire est vraiment intéressante pour comprendre l'évolution de la pensée au fil du temps. Plus ça change, plus c'est pareil, diront la plupart. Les anciens Grecs n'apprenaient pas la philosophie pour travailler, mais pour devenir des hommes. Philosopher dans ces temps-là faisait partie intégrante de la vie quotidienne. Bien penser était l'objectif à atteindre. À juste titre et pour ma part, je considère l'éducation permanente essentielle par une étude significative de connaissances spirituelles et philosophiques, et plus encore selon vos intérêts à devenir meilleur que vous-même. Cela étant dit, j'ai besoin d'alterner entre la solitude et les partages de groupe pour développer harmonieusement mon éducation. Il ne s'agit pas seulement d'emmagasiner des connaissances, mais de les intégrer à leur juste valeur. Une image forte de ma jeunesse est celle de mon oncle historien et écrivain qui habitait dans un joli cottage près d'ici. N'ayant pas d'enfants, il partageait sa vie avec son épouse et une domestique, qui était la tendance bourgeoise de l'époque. Rendre visite à ma tante et mon oncle me remplissait de joie les dimanches. L'image que je retiens de mon oncle est la pièce qui lui servait d'étude et de travail. Comme certains ont besoin d'un local ou d'un garage pour se retrouver, pour Damase son bureau représentait le monde et sa création. Tous les murs de cette pièce étaient garnis de magnifiques bibliothèques dont je conserve un souvenir mémorable. D'autant plus que mon père suivait les traces de ce vieil homme dans un style différent et propre à lui. Avoir une pièce à soi dans une maison n'était pas accessible aux communs des mortels à cette époque. Mon oncle vivait le meilleur des mondes dans son bureau où régnaient l'ordre et le bon goût. Entre l'éducation et la culture, que consistaient ses études et sa passion, il représentait pour moi un idéal, lui et son épouse dans leur jolie maison à l'angle des rues Désy et de l'Alverne du quartier Montcalm. Ces souvenirs que je ne pourrai jamais oublier sont ancrés au plus profond de moi-même. Pour me référer à l'atelier d'hier soir sur Aristote en un chapitre à peine, j'ai utilisé le logos, le pathos et l'ethos pour faire ma rhétorique sur l'éducation en toute humilité. Je sais pertinemment que je pourrais développer beaucoup plus mes sujets et mes arguments. Or, ceci ne représente qu'un prélude à un discours que je me fais à moi-même avant de pratiquer sur la foule. Lorsque j'assiste aux rencontres philosophiques, mon plaisir est d'observer ce qui se cache dans les détails. C'est à l'intérieur de ceux-ci que se retrouvent de grandes choses. Apprendre, c'est adapter mon regard envers chaque chose. Le mélange entre la culture et l'apprentissage que je retrouve aux ateliers philosophiques me sied à merveille. Ils me servent de leviers, d'accompagnement et de remparts contre l'ignorance et l'indifférence, surtout les miennes. Combien de fois je me suis demandé si je devrais faire du bénévolat, sans que jamais je puisse trouver les tâches à effectuer. Je dis cela car depuis une semaine, des bribes de réponses me parviennent comme des éclairs. Des réponses pourtant si simples. Le bénévolat consiste à faire à son prochain ce que l'on veut pour soi-même dans la bienveillance et la qualité d'esprit à mettre en œuvre ses forces, son âme et ses intérêts. Étant participant, depuis plusieurs années, à des ateliers philosophiques et d'entraide, je prends de plus en plus conscience du bonheur récolté d'offrir et de recevoir les qualités de l'esprit et du cœur. J'entends votre surprise. Ce n'est certes pas que je veuille renié mes émotions, mais je dois leur céder la place à davantage de raison afin d'atteindre un meilleur équilibre. La meilleure éducation pour les meilleurs est aussi la meilleure pour tous. Ceci provient du concept de l'universalité de l'éducation, comme la révolution tranquille l'a mise en place et qu'elle tente de se fragmenter aujourd'hui pour différentes raisons. L'urgence d'agir pour s'éduquer est bien présente, surtout à l'heure de la désinformation et d'autres malversations qui sévissent sur internet. Dans les années 60, les défenseurs des grandes œuvres ont été campés dans le rôle de réactionnaires. Depuis, le conservatisme n'a cessé de progresser en faisant reculer à nouveau les grandes œuvres. C'est grâce à des gens engagés contre l'ignorance et qui descendent de leurs trônes élitistes pour tenter de s'approcher des foules que des voix s'élèvent pour disperser la raison. Ils prennent conscience de devoir adapter les grandes œuvres sans les transformer. J'ai énormément de respect envers les éducateurs et les philosophes qui savent adapter la transmission de leur savoir avec sagesse et discernement. Encore faut-il savoir reconnaître ce que signifient les grandes œuvres auxquelles fait référence Raphaël Arteau-McNeil. C'est ce que je tenterai d'aborder avec vous dans les jours qui suivront.


14 avril |

Ce soir, j'ai assisté à un cercle de discussion qui portait sur Aristote associé à l'écologie. Un talentueux philosophe mexicain a démontré différents liens sur des concepts allant de l'éthique, de la raison et de la rhétorique suivi d'une discussion de groupe sur les thèmes abordés. Plusieurs sujets ont été discuté dans un spectre assez large. Le nombre élevé de participants n'étant pas l'idéal pour ce genre d'exercice, je conserve néanmoins, certains propos qui me fait plaisir de souligner. Pour en arriver là, j'ai utilisé de précieuses sources pour ne pas improviser les thèmes importants. Quand on parle d'atomisation sociale, on entend une situation d'isolement des personnes où la cohésion de la société se trouve avoir été détruite. Les personnes isolées sont plus vulnérables, pour prendre un raccourci. La morale est une réflexion sur les valeurs visant à guider la conduite. L'éthique questionne la morale, elle est mouvante et discutée, alors que la morale s'impose souvent comme des règles. La représentation de l'éthique dans les sociétés démocratiques s'appuie sur la rhétorique. La rhétorique est l'art de la persuasion et du bien-dire, utilisant un ensemble de techniques oratoires et stylistiques pour convaincre un auditoire. Elle structure le discours à travers trois piliers : l'éthos (crédibilité), le pathos (émotion) et le logos (logique). Elle s'applique dans la politique, le droit et la communication. Le pathos est un procédé rhétorique visant à persuader un auditoire en faisant appel à ses émotions, sentiments ou valeurs plutôt qu'à sa logique. Le logos est une notion désignant la raison universelle ou le discours structuré. L'ethos est la mise en scène de soi dans le discours pour attirer la bienveillance de l'auditoire. Après avoir dit tout cela, je dormirai moins ignorant cette nuit. Comme il est de coutume par les temps qui courent, Trump a encore fait figure de proue à titre de défection concernant l'éthique, la morale et la raison. Sa rhétorique est bien réelle, mais ne s'appuie sur aucune logique à part de vouloir accroître son pouvoir et sa folie. Aristote fut le premier à élaborer un discours sur l'éthique. En associant l'éthique et la morale à l'écologie, le philosophe ce soir, a tenté de démontrer les liens qui existaient entre eux. L'éthique à Nicomaque indique que les vertus dictent le bonheur, sans être de surcroît garanti. Dans la foulée de la soirée, certains participants ont eu tendance à s'éparpiller, d'autres à prendre trop de place. Malgré le grand nombre de philosophes amateurs dans la grande salle communautaire du faubourg, j'ai réussi à faire quelques interventions, sans toutefois pouvoir élaborer comme je l'aurais voulu. Le nombre idéal de participants à ces ateliers ne devrait pas dépasser une douzaine de personnes, sans cela l'exercice n'est pas complet, n'offrant pas suffisamment de temps et de place pour que tous puissent s'exprimer. Dans une toute autre sorte d'idées, j'ai une anecdote cocasse qui m'est arrivée aujourd'hui. Mon amie avec qui je communique très souvent me fait parvenir parfois, pour ne pas dire souvent, de gentils et attentionnés messages vocaux. N'ayant jamais su qu'il y avait des vitesses de lecture des messages, j'apprends soudainement que mon application était réglée sur la vitesse rapide. Cela veut dire qu'à chaque fois qu'elle me parlait par l'intermédiaire de la messagerie, je croyais qu'elle était folle, à constater la vitesse avec laquelle elle s'exprimait. J'ai toujours cru qu'à la vitesse qu'elle parlait, elle devait être soit très stressée ou bien occupée. J'ai parfois tenté de lui dire délicatement qu'elle parlait un peu trop vite, mais en règle générale, je ne voulais pas l'offusquer par mes commentaires. Et puis, l'histoire éclate au grand jour en apprenant qu'il y a trois vitesses de messages dans ce petit bidule-là. Aussi incroyable que cela soit vrai, mes perceptions que je m'étais faites d'elle devenaient complètement erronées en l'espace de quelques secondes. La conclusion à cette histoire est que rien ne vaut un contact réel pour communiquer adéquatement. À défaut du tête-à-tête, le téléphone s'avère obtenir la seconde position en terme de communication. Ces propos vous semblent bien élémentaires ? Cet incident n'est rien lorsqu'on pense à tous ceux qui servent d'appât en se faisant anarquer leurs comptes bancaires ou leurs identités. Ce que j'aime de la philosophie, c'est de constater que tout est relié. Qu'un seul morceau s'écroule et tout vient avec. Ce qui arrive à l'autre bout du globe, finira un jour par nous rattraper, quoique que l'on pense. À un homme qu'on lui demande à quoi il pense de la biodiversité, qu'il répond ne pas de soucier de ça, car seul son fils est important pour lui. Que étrange monde dans lequel je vis. Toutefois, je dois bien l'accepter, car c'est le seul où je passerai le reste de ma vie.


13 avril |

Si la sérénité est absente de crainte, elle est aussi absence d'espérance, disait Spinoza. Le sage est un homme d'action, quand le sot se contente d'espérer en tremblant. Le sage vit au présent : il ne désire que ce qui est amour et acceptation ou que de ce qu'il fait. Ce soir, j'ai l'honneur et le privilège de m'abreuver de sagesse et des bonnes paroles wue m'offrent le philosophe André Comte-Sponville. Spinoza et de dire : ce n'est pas l'espérance qui fait agir mais la volonté. Ce n'est pas l'espérance qui libère, mais la vérité. Ce n'est pas l'espérance qui fait vivre, c'est l'amour. Que rajouter, humble acteur que je suis ? J'ai une curieuse relation avec l'amour. Tantôt je le recherche, tantôt je le fuis. Il y a des amours purs, éternels, fragiles mais aussi fragmentés. Il y a des amours qui nous élèvent et d'autres qui nous malmènent. Ces amours-là ne sont pas de l'amour, mais de la peur. Il y a des amours qui nous unissent et d'autres qui nous isolent. Il y a des amours mal aimés et d'autres qui nous rassemblent pour de courts instants, comme la vie qui nous traverse. À peine a-t-on parlé d'amour qu'il a déjà disparu. Il faut beaucoup de solitude pour écrire. Je me souviens lorsque j'accompagnais un groupe lors de voyages à l'étranger et qu'au dernier jour je faisais en retrait l'apogée écrite du périple qui venait à échéance. Tous étaient invités à écrire quelques mots sur les participants ou le voyage. La plupart préféraient mieux faire du shopping qu'exprimer des commentaires aux yeux de tous. C'était pour moi l'un des plus beaux moments du voyage. Je me souviendrai toujours de cet exercice que j'effectuais avec rigueur et enthousiasme. Comme ils sont étranges tous les moments fugaces que nous traversons, comme des éclairs. Je ressens alors une brève et forte gratitude de la vie. Cela m'arrive souvent lorsque la chaleur s'installe, allongé sous les arbres. Mes plus grands moments de zénitude ont toujours été près des arbres autour de l'herbe ou de la nature en friche. Heureusement qu'existe les grands esprits pour me pousser à réfléchir et à écrire. À quoi bon rêver d'un paradis ? Le royaume, c'est ici et maintenant, disait les évangiles sous St Thomas d'Aquin. Je retrouve le bonheur dans la raison, dans la contemplation et dans l'amour. Je dois avouer que l'amour parfois m'apporte de la confusion. D'en connaître les causes ne m'apporte pas la guérison, mais allège ma peine. Ce n'est pas tout de connaître les causes, encore faut-il savoir aimer et comprendre. Ce qui nous unit est plus important que ce qui nous sépare. Gabriel Nadeau-Dubois est parti aux abois contre la division des classes dans le système éducatif. Je suis d'accord avec lui qu'il ne faut pas séparer les étudiants par les classes sociales et le revenu familial. Cela est une façon de fragmenter un monde déjà suffisamment désuni. J'y vois là une rupture de traditions depuis les grandes réformes de la révolution tranquille. Le manifeste de Nadeau-Dubois exprime une évidente menace pour les générations futures, et avec raison. Vous me direz, mais qu'est-ce qu'il me prend de vouloir si souvent critiquer, bien assis dans mon fauteuil ? Les mots ont souvent plus de poids que les actions, mais pas tout le temps. À  chacun son métier et ses passions. Écrire et parler sont en réalité de grandes actions. Vous me direz, n'y a-t-il pas plus de gens qui s'expriment au lieu d'agir ? Et puis est arrivée la grande cacophonie démocratique où tous s'expriment sur tout. Et à force de tous parler, parfois pour ne rien dire, on en est venu à ne plus s'écouter ou s'entendre. Les valeurs ont passé rapidement du collectif à l'individuel en l'espace de quelques décennies, sans vraiment comprendre les nouvelles règles. Nous jouons un rôle sans vraiment l'accepter entièrement. Nous sommes devenu les fruits de l'image frelaté à force de rivaliser avec les écrans et les concepts qui les produisent. Dorénavant, tout ceux qui se réfère aux traditions populistes et ultra capitalistes y trouvent leur compte. Les autres n'ont qu'à se débrouiller. Les apparences sont devenues trompeuses, le monde plus cruel. Comment s'y retrouver, et surtout si l'ignorance et l'isolement vous guettent ? C'est comme ça qu'à chaque année, de plus en plus d'itinérants viennent gonfler les statistiques d'un système qui ne leur laisse plus de place. Ensuite, on dira qu'ils ont ce qu'ils méritent alors qu'on les a poussés à la sortie. La justice est censée être une valeur importante. La justice est surtout faite pour les riches. Avec le pouvoir que possèdent les bien nantis, ils s'offrent des rôles à grands salaires en venant par la suite faire la morale. À bien y penser, je me trouve plutôt riche avec tout ce temps libre à ma disposition pour pouvoir réfléchir et me concentrer sur l'essentiel. La liberté est une fleur à laquelle il faut prendre soin et qu'il faut aimer. Que vaut le bruit de mes opinions ? Ai-je abusé ou profité de ma liberté ? Je ne serais pas capable de répondre avec exactitude. Je constate de plus en plus autour de moi des gestes égoïstes qui traversent tout. De grands chefs et gestionnaires passent la plus grande partie de leur temps à trouver du financement et n'hésitent plus à nous faire payer la facture pour s'offrir le luxe dans leurs bulles respectives et sectaires. Dans les écrans, l'intelligence artificielle crée de nouveaux visionnements sur les animaux, il est difficile de faire la différence entre le vrai et le faux. C'est ce que l'on nomme avec insouciance le progrès. Est-ce là le legs à offrir en partage aux enfants de demain ? Que sera fait demain si nous détruisons la vie, la biodiversité ? Ne réalisons-nous pas qu'à force d'aplanir notre environnement et la vie qui s'y retrouve, nous mettons ainsi en péril notre propre survie ? La transmission que je mets en œuvre au service de la société est l'héritage reçu, mon esprit faisant figure de proue à cet effet. Mais qui s'en intéresse vraiment ? La grande disponibilité d'individualités banalise toute tentative de communion avec autrui. Il y a davantage d'émetteurs que de récepteurs. L'éducation est devenue une spécialisation qui pourtant n'est rien en sens inverse. La spécialisation est mettre son regard dans un vase clos. On n'a qu'à penser à tous ces hommes qui travaillent pour une cause ou un projet ne connaissant qu'une partie infime des conséquences de leurs gestes. Mais on s'en fout, d'abord qu'on est payé, diront les abrutis et les soumis. Avons-nous réellement le choix de notre condition ? La spécialisation fait des gens bornés à discourir sur les mêmes tâches. Le progrès sert la science et l'économie avant de servir les hommes. Par exemple, pour parler de valeurs culturelles entre le Canada et l'Europe, les trains de marchandises ont toujours priorité de passage aux trains de passagers au Canada alors que c'est l'inverse en Europe. Je n'aurais jamais pu devenir un spécialiste de quoi que ce soit, car la vie dans son entièreté m'intéresse trop. Si la spécialisation apporte des œillères, l'éducation élargit le regard, nous indique l'enseignant en philosophie Raphaël Arteau-McNeil dans son livre : la perte et l'héritage, un formidable essai sur l'éducation par les grandes œuvres. Bientôt les moutons m'attendent, comme à chaque nuit que les rêves m'appellent.


11 avril |

Le terme dépendance affective est un véritable fourre-tout. La dépendance affective est issue de schémas relationnels dysfonctionnels dans l'enfance. C'est ainsi que ressentent ceux qui en souffrent de l'indifférence, un sentiment d'abandon, de rejet et d'isolement. Les messages véhiculés par la société sur l’amour romantique, souvent idéalisé et présenté comme la solution à tous les problèmes, peuvent renforcer les tendances à la dépendance affective. Pour arriver à se sortir de cette impasse, il s’agit d’apprendre à s’accepter, à reconnaître sa valeur intrinsèque et à développer son autonomie émotionnelle. Des activités épanouissantes et la réalisation d’objectifs personnels contribuent à renforcer la confiance en soi. Établir des relations équilibrées nécessite d’apprendre à poser des limites, à exprimer ses besoins et à respecter ceux des autres. La construction de relations saines passe par l’apprentissage de la communication assertive, la capacité à gérer les conflits de manière constructive et le respect mutuel. Le besoin constant de contrôle ou de réassurance est un signe de dépendance affective. Vous aurez compris que j'ai besoin de sources crédibles pour porter une critique objective sur la dépendance affective. Ce terme est tellement galvaudé qu'il mérite une attention nécessaire pour éviter toute confusion. Il existe une série de tests pour savoir si c'est le cas pour nous. Parfois la ligne est mince entre le véritable amour et la dépendance affective. Si les deux protagonistes qui forment un couple sont dépendants affectifs, la relation devient alors toxique. En écrivant ces commentaires, je repasse certaines étapes de ma vie pour observer mon espace relationnel. Je ne donnerai pas de verdict clair en ce qui me concerne, car je tiens à garder pour moi quelques secrets intimes qui me regardent. Ce n'est pas que je suis sur la défensive, loin de là. Vous n'avez qu'à juger par le nombre important de confidences exprimées au fil du temps. Hier, j'ai fait le point sur les valeurs, qu'aujourd'hui je réfléchis sur la dépendance affective qui m'affecte à un certain degré. C'est grâce à ces profondes réflexions que j'apprend davantage sur moi-même et sur les liens qui m'unissent. Cette réflexion me permet d'obtenir un plus grand discernement que ma raison présente. La dépendance affective est étroitement liée au problème d'attachement. Le trouble de l’attachement est une perturbation émotionnelle et comportementale qui affecte la capacité d’une personne à créer et maintenir des relations saines. Il prend racine dans l’enfance, lorsque l’enfant a eu la sensation de ne pas recevoir le soutien de sa figure d’attachement parental. La négligence émotionnelle prolongée est souvent au cœur du développement des troubles de l’attachement. En résumé et pour vivre pleinement, il est de mon devoir de bien filtrer mes pensées et de faire une bonne gestion de mes émotions afin d'éviter toutes formes de distorsions cognitives et de malheurs s'y associant. Il faut toutefois apporter des nuances, car rien n'est tout à fait blanc ou noir en ce qui concerne nos traits de personnalité. Voici ce qui met un terme à mes recherches, non pas substantielles, mais fort intéressantes dans le but de se connaître et de mieux interagir. Mais qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?


10 avril |

Un des mots que je cite le plus est l'indifférence. Qu'en est-elle pour que je l'interpelle autant ? Je vais tenter de démystifier l'interprétation que je fais de ce mot à la clarté de mon esprit. Il y a des pensées et des croyances pour différentes raisons qui sont incrustées dans nos pensées. Allons voir. L'indifférence n'est pas toujours objective, en ce sens qu'elle réfère, en partie, à quelque chose du passé. Le mot subit une distorsion dans l'esprit par l'expérience du passé. Le mot indifférence à la réalité que je connais d'elle, fait référence à des blessures relevant de tristes événements m'ayant causé un traumatisme émotionnel. Je sais le mot est grave. Afin de contrecarrer des réflexes inconscients issus de traumatismes émotionnels antérieurs, il est de mon devoir de regarder ma pensée filtrant chaque mot, l'indifférence par surcroît. Cela s'appelle développer sa conscience. L'écriture me permet de réveiller ma conscience en portant un regard renouvelé et rationnel sur chaque mot exprimé. Travailler sur soi signifie en premier lieu travailler sur ses pensées et sur ce qu'elles reflètent et inspirent. Chaque mot devrait être porteur de sens pour ceux qui les utilisent. Avec les raccourcis qu'on connaît et s'afflige, il est pas étonnant d'éprouver de la confusion. Tout cela semble banal, mais à mon avis, cela est d'une importance capitale pour ceux qui veulent cheminer en extirpant de vieux réflexes qui, au lieu de nous faire progresser, nous nuisent. Les mots peur et ennui, par exemple, comportent des images fortes pour ceux qui en furent affectés dans le passé et plus précisément dans leur jeunesse. Plus tard, ces mots auront pour conséquences d'amplifier la réalité des événements, petits ou grands, qu'adviendront immanquablement en se connectant avec l'émotion perçue à sa source. Il faut convenir que la pensée précède les mots exprimés. C'est dans la fragilité de l'enfance et de l'adolescence qu'il est important d'être soutenu par la famille, les réseaux et les éducateurs pour éviter des souffrances ultérieures associées aux distorsions cognitives. Le langage utilisé est étroitement relié à nos apprentissages et nos émotions. En m'appuyant sur la raison pour faire mon témoignage, je mets en garde tous ceux qui ne savent pas reconnaître et choisir les mots utilisés dans leur esprit. À l'âge adulte, les traumatismes subis dans la jeunesse requerront beaucoup de volonté et de force pour les réduire ou les dissoudre. Certaines empreintes sont irréversibles et se substituront au langage. Pour moi, cela est devenu un travail à temps plein. Cela exige beaucoup de rigueur et de discipline pour transformer ses émotions et ses peurs en soleil. Chaque instant que nous passons évoque un souvenir, une pensée, une émotion. Plus on vieillit et plus ils s'accumulent par couches successives dans notre esprit par des réflexes inconscients. Un autre exemple est celui de la retraite et de ce qui lui est associé. On peut faire de cette étape de vie enrichissante un véritable cauchemar selon nos idées préconçues, nos croyances erronées ou nos émotions refoulées prenant leurs sources dans le passé. Où vont les pensées, l'énergie va. Changer son regard envers toutes choses sur une base régulière devient inévitable pour gagner en lucidité et en sagesse. Le réflexe de prendre pour acquis une importante quantité de choses nous exempte de développer notre plein potentiel. Je suis le témoin du processus dans lequel un être peut s'affranchir de l'adversité, non pas sans difficultés. Boris Cyrulnik a longuement parlé dans ses ouvrages du rôle de la résilience pour ceux qui ont subi des traumatismes dans leur jeunesse. Je fais partie de ceux-là, bien honnêtement. Le courage que je tire de tout ça n'est pas de le dire mais de le comprendre et de l'assimiler. Toute ma vie a été influencée par des épreuves et continue de l'être, car inconsciemment je choisis que mes pensées soient toujours les mêmes. Le pire c'est de s'identifier à elles. À un moment donné, il est important de prendre conscience que ce ne sont pas les événements qui continuent d'interagir avec moi, mais ce que je fais des événements et surtout ceux du passé auxquels je continue à m'identifier à tort. Comme je l'ai expliqué l'autre semaine, nous aurons plusieurs identités dans notre vie. Vouloir s'accrocher à l'une d'entre elles, alors qu'on sait qu'elle est devenue inutile, équivaut à périr de ses propres pensées. C'est en devenant l'acteur et non la victime de ma vie que les perceptions pourront s'inverser, telles des couleurs qui s'opposent entre elles. Chemin provient du mot cheminer. C'est peut-être pour cette raison que j'ai tellement parcouru de chemins jusqu'à présent. Ma quête n'a jamais été véritablement le chemin, mais le cheminement que je voulais atteindre à travers eux. Il arrive un temps dans la vie où il faille inévitablement parcourir ses chemins intérieurs pour cheminer. C'est lorsqu'on croit avoir tout essayé et avoir pris tous les chemins qu'il faut essayer encore et encore. Dans un autre ordre d'idées, je viens de faire une petite recherche sommaire sur les valeurs, à la demande d'une amie qui recherchait à identifier les siennes. Dans un premier classement, voici la liste. Valeurs individuelles, relationnelles, professionnelles, morales et spirituelles et de croissance. À l'intérieur de chacun de ces classements, une autre liste relate les différentes valeurs spécifiques. J'ai fait l'exercice de trouver les valeurs qui me correspondent. Je possède davantage de valeurs individuelles que relationnelles, non pas, par ailleurs, qu'elles soient absentes. Volontairement je ne développerai pas dans cette direction. Dans la liste des valeurs individuelles ci-haut évoquées, je les possède presque toutes. Voici la liste. Authenticité, 
autodétermination, autonomie, créativité, curiosité, équilibre, liberté, plaisir, santé. Je n'entrerai pas dans les spécificités de chacune d'entre elles, ne jugeant pas nécessaire l'exercice. Il ne tient qu'à vous de faire quelques recherches pour votre intérêt personnel. Concernant les valeurs professionnelles, je considère les avoir toutes empruntées dans ma carrière de travailleur autonome. Encore là, tout est relatif et dépend de la perception que chacun d'entre nous en a. Je ne développerai pas ce thème pour la simple raison que cela ne me tente pas. Je tiens à préciser que je ne me prétends pas spécialiste en rien et poursuivre dans cette direction avec les valeurs serait l'équivalent pour moi d'aborder les sciences occultes et incertaines. Et puis, il y a les valeurs spirituelles et morales auxquelles je m'identifie dans une certaine mesure. Les dernières du classement sont les valeurs de croissance que j'ai adopté très tôt pour ma survie et dans lesquelles je m'identifie parfaitement. Voici la liste. Apprentissage, audace, courage, croissance, dépassement, détermination, endurance, ouverture d’esprit, patience, persévérance, résilience. Encore une fois rien n'est acquis. On ne peut changer , mais on peut s'améliorer. La prochaine fois que quelqu'un me demandera quelles sont mes valeurs, je serai très certainement capable d'avoir une conversation éclairée dans ce domaine. Une fois de plus, je tente de m'affranchir de l'ignorance et de la souffrance qui lui est associée.


9 avril |

Et lorsque la peur devient plus forte que l'amour, que reste-t-il de soi ? Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. Et par moments, les mots deviennent des ponts. J'éprouve de la misère d'être seul avec mes silences qui, pourtant, sont des respirations nécessaires. André Comte-Sponville dit qu'il n'y a pas de société sans éducation, pas de civilisation sans transmission, pas de communion sans fidélité. La fidélité, c'est ce qui reste de la foi quand on l'a perdue. Ce n'est pas à cause que l'on a jeté Dieu qu'il faille renoncer aux valeurs morales et spirituelles. J'ai parlé tout à l'heure de la peur qui empêche de voir l'amour. À force de m'ausculter, je prends conscience de la rigidité qui m'habite et ce, depuis fort longtemps. Au départ, c'était une forme de résistance devant l'adversité. Dans cette rigidité, il y a la peur, la méfiance et des croyances erronées. Devant ces faits, la beauté du cœur réussit difficilement à m'atteindre. J'ai compensé largement ailleurs me faisant perdre l'équilibre à maintes reprises. Je suis un être en devenir tardant à manifester son perpétuel amour. Je suis une fleur qui s'assèche par l'absence de mon cœur. La métaphore est peut-être simpliste mais représente une grande part de vérité. Les valeurs n'ont pas besoin de Dieu pour subsister et se répandre. Mon absence d'amour véritable s'est subsistée en une forme d'intellectualisme qui n'a pas toujours sa raison d'être. Les modèles d'antan ne furent pas au rendez-vous pour me montrer la route à prendre. C'est comme ça que des carences sont apparues. Après mai 68, les valeurs et les devoirs ont commencé à s'effriter. Et puis le plaisir, la lâcheté, nos intérêts et nos rapports de force n'ont cessé de croître. On pense trop, pas assez ou à n'importe quoi, ce qui revient au même. Il n'y a plus de faits, que des interprétations, disait Nietzsche. Comte-Sponville dit que la sophistique triomphe. Le terme sophistique qualifie un raisonnement fallacieux ou une argumentation trompeuse visant à illusionner. Pour les novices qui se joignent à nous, les Lumières furent un mouvement intellectuel, culturel et philosophique majeur du XVIIIᵉ siècle en Europe, prônant l'utilisation de la raison, du savoir et de l'esprit critique pour lutter contre l'obscurantisme, la superstition et le despotisme. Ce courant a promu la tolérance, la liberté individuelle et la quête du bonheur. Les Lumières se sont éteintes ou sont sur le point de mourir si nous continuons à nous endormir.  À juste titre, je n'ai aucune culpabilité d'utiliser quelconques référants pour mes propos. Je note, aujourd'hui, une remontée en puissance du nihilisme, tel que Nietzsche le démontrait. Il définissait le nihilisme comme une crise de la civilisation occidentale, une escorte de décadence, mais aussi il distinguait une résignation qui détruit les anciennes valeurs pour en créer de nouvelles. Nietzsche était visionnaire de son temps au XIXᵉ siècle en exprimant cela. Imaginez aujourd'hui la vitesse dans laquelle tout se transforme et se contracte, pour ne pas dire se dégrade. Si tout est permis de nos jours, il n'est pas étonnant de voir une recrudescence de la violence à de multiples niveaux. Sans les valeurs, il n'y aurait ni droits de l'homme, ni progrès social et politique. Tout combat serait vain, la paix aussi. Est-ce là où nous en sommes à voir ce qui se passe tout autour ? Je vois beaucoup de gens s'activer, mais en même temps, je perçois du laxisme et beaucoup d'indifférence. L'auteur nous recommande d'établir deux remparts contre le sophistique et le nihilisme. Ces deux remparts constituent ce qui s'appelait les Lumières. Mon premier devoir est de vivre humainement pour la paix de l'esprit et du cœur. J'aurais aimé pouvoir écrire tous ces mots, mais malheureusement le temps n'est pas venu. Il m'est impossible d'apprendre par cœur tout ce que je lis. Je sais pertinemment que toutes ces lectures s'intègrent en moi transformant lentement et sûrement ma pensée. C'est un travail à long terme et qui, je vois déjà les fruits mûrir. À cela, j'ai tout mon temps, car je ne suis pas pressé de mourir.


8 avril |

Qu'est-ce qui peut sauver le monde, est la question que j'ai posée à l'atelier philosophique ce soir sur le thème de la fin du monde. L'injustice d'hier à aujourd'hui est de constater que les riches, qui sont les décideurs, ne subissent pas généralement les contrecoups de l'adversité. Ce sont les moins nantis en premier lieu qui souffrent des crises et de la dégénérescence des ressources naturelles. Les moins nantis n'ont peu ou pas de pouvoir pour changer le monde, à part d'aller voter aux quatre ans, ce qui équivaut à échanger quatre trente sous pour une piastre. La véritable communion des hommes fait défaut, il serait temps de débrancher le poste, camarade ! Encore faut-il avoir le pouvoir et la volonté de le faire. Lorsqu'on réalise qu'on perd le pouvoir sur le monde, il ne reste que le pouvoir sur soi à exercer pour combattre l'ignorance qui nous habite. Comment puis-je changer le monde si on ne me donne aucunes responsabilités qui me convienne ? Il est certain que je pourrais aller soutenir les malades et les miséreux, mais ce ne serait pas une façon concrète pour moi de changer le monde. Le pouvoir que j'aimerais exercer pour changer le monde, si tel est mon vœu, serait par la parole et les mots offerts à un grand nombre de gens désirant s'éveiller et de se rassembler pour les bonnes causes ayant une portée significative pour offrir du sens à ceux qui me lisent ou m'entendent. Comment changer le monde est un sujet très discutable, ne croyez-vous pas ? Que veut dire le monde et changer le monde, sont les premières questions à se poser pour savoir si on parle des mêmes choses. Il est bien dommage que l'ignorance soit associée à la pauvreté et au manque d'éducation. Ne devrions-nous pas être tous égaux sur terre, disaient les évangiles. Bien des gens ont de belles paroles pour sauver le monde, mais bien peu passent à l'action pour différentes raisons. Nous sommes de très grands consom-acteurs, c'est le moins qu'on puisse dire. Le Canada fait piètre figure à cet effet. Je considère que c'est dans les crises que le monde parvient à se transformer. Pourtant, il y a beaucoup de signaux d'alerte qui nous indiquent qu'il est profondément en danger. Par exemple, un être qui souffre devra inévitablement se transformer, sinon mourir. Les systèmes politiques et surtout économiques que les hommes ont mis en place seront les derniers à se transformer. Le problème réside aujourd'hui dans la fragmentation des hommes et la perte des valeurs humaines qui contribuent à fractionner les communautés au lieu de les unir. C'est toujours pire dans les grandes villes où l'anonymat et l'indifférence font pacte de loyauté. On voulait le progrès et les changements, mais on a pas suffisamment réfléchi à tout ce qu'on érigeait. Encore faut-il mettre du pain et du beurre dans notre assiette, les bonnes idées ne suffisant pas toujours à changer le monde. Nos expériences passées ont-elles un réel pouvoir sur notre présent ? À cette question, je dirais que le savoir et les connaissances suffisent à donner du sens à son présent. Les expériences passées n'ont pas tout le pouvoir nécessaire pour agir à notre guise et vivre le moment présent. Tout ce qui est passé étant déjà mort, ne peut faire l'objet réel du présent. C'est une autre question très discutable. En acceptant que seules mes expériences du passé soient valables, je ne fais que répéter les mêmes gestes et les mêmes erreurs. C'est en ce sens qu'il faut bien saisir de quoi on parle lorsqu'on parle. Il y a trop de mots qui proviennent de notre bouche qui ne sont qu'une répétition de choses mortes ou incomprises. C'est de cela que je veux parler à propos des expériences. Autour de moi, bien malheureusement, je vois trop de perroquets aigris et sourds. Sommes-nous responsables de nos malheurs ? Seul le présent, le savoir et les connaissances acquises méritent qu'on s'y attache. Ce n'est qu'avec le filtre de ces derniers que l'on peut parvenir à juger de nos expériences. Je tiens à préciser pour terminer mon plaidoyer, que j'ai passé encore une belle soirée à philosopher et à apprendre en bonne compagnie. Je prends, à chaque rencontre qui passe, conscience de la force en moi qui se développe et qui s'anime dans une confiance retrouvée. Il n'y a pas d'âge pour ressusciter et revivre, tel est mon constat et mon bonheur avant d'aller compter les moutons.


7 avril |

À trop vouloir préserver sa vie, on peut finir par la perdre. C'est à chaque jour que je dois établir mes limites et mes priorités. Et parce qu'il faut aussi savoir apprendre à bien vivre. Que veut dire la vie bonne, ce dont tous les philosophes de l'Antiquité avaient pour objectif ? Selon mes sources, la vie bonne est un concept philosophique désignant une existence épanouie, sage et réussie, alliant vertu, accomplissement de soi et plaisir. Même à l'arrêt et selon les obstacles sur mon passage, je suis en mouvement, même si je ne le ressens pas. J'ai toujours perçu la vie en m'agitant, en faisant des projets, en faisant du sport. La vie est partout, même dans les eaux dormantes. Si je suis à l'arrêt pour un problème de santé, je suis toujours en mouvement en compensant avec mon esprit et mon sang qui coule dans mes veines. J'ai une relation toxique avec mes perceptions à ce propos. Une chose qui m'est nécessaire est mon besoin de m'exprimer en tentant d'être lucide et transparent du mieux que je peux pour me faire comprendre et me comprendre moi-même. On a tous besoin, à un moment ou un autre, de distractions, de légèreté, d'amour et de soutien. Je me rappelle d'une époque où j'évitais d'entreprendre des conversations trop profondes de peur de déranger mes interlocuteurs ou de ne pas être à la hauteur des sujets que j'abordais. Il y avait aussi ces gens qui n'avaient ni le temps, ni le goût d'enteprendre de trop grandes discussions philosophiques pour des raisons que j'ignore et que je doute. Parler de politique est nécessaire et souvent risqué si les opinions interfèrent. Or, quels autres plaisirs peut-il y avoir à converser, si ce n'est que dire des sottises ou pour parler du temps qu'il fera ? Parler pour parler est une chose, parler pour se comprendre est une autre histoire. Bien des gens, je dois l'avouer, et ce qui est largement légitime, n'ont pas tous ni le besoin, ni le goût de philosopher sur tout et sur rien. La plupart n'ont pas tout le temps à leur disposition avec ce genre de choses qui leur indiquent de perdre leur temps à des choses pour lesquelles ils n'ont pas de réponses. Mon plaisir, de plus en plus aujourd'hui, est de tenter de rechercher certaines vérités. Pour avoir tellement côtoyé la confusion, la recherche de la vérité, quoique subjective, m'apporte beaucoup de réconfort et de maturité. J'ai tant attendu le réconfort de l'extérieur que je suis devenu une bouteille vide qui n'est pas capable de se remplir toute seule. J'exagère lorsque mon esprit écoute trop mes émotions. Parfois elles sont nécessaires et parfois elles me nuisent disgracieusement par inconscience ou par habitude. Ce qui m'étonne et me réjouit, c'est qu'avec un peu d'amour, je puisse franchir une distance appréciable en repoussant des limites que je ne pouvais pas envisager. L'amour est le plus grand miracle sur la terre des hommes et sans lequel nous ne pouvons pas vivre. L'amour nous donne de la profondeur et du recul devant notre impuissance. Sans cela, je le dis et le répète, nous ne sommes rien. Que ferait un écrivain sans l'amour de ses lecteurs, une chanteuse sans son public, un enfant sans sa mère, un naufragé seul sur son île ? Le dénominateur commun de tous les hommes est l'amour qu'ils ont à partager. Sans cette force que l'amour puisse offrir, l'esprit et le corps s'assèchent comme du bois mort coulant dans la rivière. J'ai besoin que l'amour se lève pour me rendre plus fort et plus unifié. Devant l'éclair, sublime est celui qui ne sait rien, disait Bashō.


6 avril |

N'essayez pas de régler l'image de l'émission. Nous avons le contrôle total de l'appareil et de tout ce que vous verrez et entendrez. L'au-delà du réel se manifeste. La mémoire n'est pas un bien acquis, comme tout le reste d'ailleurs. C'est pourquoi je m'en sers en écrivant et racontant des histoires, les miennes à priori. La littérature, c'est ce qui me restera lorsque mon corps tombera en ruine. Et puis, je n'en sais rien. Je ne fais que parler, comme la vieille dame qui était si populaire à la télévision dans une autre époque. Elle parlait pour parler, pour jaser, disait-elle. J'ai déjà animé ce genre de soirée-là, où des questions furent posées au grand public dans un restaurant que j'aimais beaucoup sur la rue St Jean, le Commensal. Je garde un souvenir mémorable de ces temps-là où les gens s'activaient dans un plaisir immense à rencontrer d'autres personnes et discuter tous ensemble. C'était avant internet où les gens étaient encore heureux de se voir et de se parler. Je délaisse froidement le roman amorcé il y a quelques jours. Le ton aristocratique et mondain des écrivains qui se réunissent en Italie pour discuter de tout et de rien ne me séduit guère après quelques chapitres. Ce n'est pas que je ne reconnaisse pas la finesse des propos proposés de main de maître par l'auteur. Je dois avouer, toutefois, que toute cette salade bon chic, bon genre, a trop du faste de la bourgeoisie. Je n'ai rien contre les bourgeois, vous m'entendez ? Ils ont leur raison de vivre, eux aussi. Je trouve qu'il y a trop de mots pour désigner les mêmes choses. Je trouve cet ouvrage assez élégant et intelligent, mais je préfère de loin des phrases courtes et directes de l'essai. J'avais pourtant mis quelques espoirs à lire un roman. Il y a beaucoup trop de longueurs à mon goût dans le livre de Denis Grozdanovitch : la secrète mélancolie des marionnettes. Mon désir de vérité et de connaissances à ce jour est plus grand que toutes les entourloupes romanesques réunies dans ce livre. Je ne regrette aucunement d'avoir tenté de lui porter mon regard. Je prends cela comme une expérience qui me confirme encore une fois mes intérêts pour d'autres distractions. Cela ne fait que renforcer mes goûts littéraires, tout en validant le style et le genre que je désire adopter. En réalité, il n'y a ni de bonnes, ni de mauvaises expériences, il n'y a que des expériences tout court. L'important est non pas de réagir mais d'agir en réaffirmant notre nature véritable. C'est une recherche de toute une vie. À l'âge respectable où je suis rendu, je n'ai pas de temps à perdre avec les fioritures et les acrobaties verbales qui ne mènent nulle part. Et c'est ainsi, par ces mots, que je retourne joyeusement à mes essais philosophiques. André Comte-Sponville nous dit que c'est l'imagination en nous qui nous effraie et que c'est la raison qui rassure. Lorsque je lis un roman, j'ai tendance à observer l'imaginaire par de grands détours que portent le genre. Je préfère de loin aujourd'hui être raisonnable que romanesque. À quoi cela pourrait bien me servir, à part de me distraire bien légèrement ? Ce que je retiens de la religion est qu'elle relève pour moi moins de la foi que de la méditation. C'est dans certains rituels au quotidien que s'affirme ma religion, si elle en est une. Mais la méditation ne relève pas pour moi de Dieu, mais des sages qui se veulent libres ou libérés. Les différents courants de pensée et de sagesse provenant des temps anciens se sont transformés en religion pour de multiples raisons. Quelle sagesse à l'origine ? Que de superstitions au fil des âges. La question à se poser est de savoir si les hommes sont en train d'évoluer ou de régresser. C'est une excellente question n'ayant pas de réponses claires à exprimer. L'évolution n'est pas linéaire, tout comme notre humeur, cela va de soi. La philosophie me permet de développer ma pensée sur un grand nombre de sujets. C'est à cela que j'adhère en lien avec la raison. L'esprit de l'athéisme, magnifique ouvrage d'André Comte-Sponville, est ce qui retient mon attention en ce moment pour développer mon esprit critique. Évolution ou régression ? Je crois que l'un ne va pas sans l'autre, en tenant compte que la matière ne cesse de se transformer. Darwin en a fait son étude essentielle. Tout ce qui est vivant finit par périr ou se transformer sans qu'on puisse y faire grand-chose. Le cycle de la vie est en mutation constante. Foi et raison ont toujours cohabité. Le mot foi vient du latin qui signifie confiance. La foi désigne étymologiquement le fait d'avoir confiance en quelque chose ou quelqu'un. Il s'agit d'un concept philosophique, mais de façon élargie ce terme rejoint également la notion de croyance, quand il est relatif aux religions. Ce dernier aspect ne me concerne pas, il ne m'a jamais concerné. Les affects m'ont toujours troublé par une présence trop grande et trop nombreuse, et c'est en quoi je réaffirme mon engagement envers la raison. Les émotions et la raison sont les éléments déterminants pour nous divulguer certaines vérités. C'est à la lecture de mes expériences que je conviens de choisir la raison, sans prétendre vouloir me dissocier de mes émotions. Il ne faut pas oublier que les émotions sont nécessaires et que si elles existent, c'est pour des raisons bien utiles. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui et qu'après avoir versé trop longuement dans les émotions et la passion que je choisis, non sans regrets, la raison. Max Weber disait qu'il préférait la rationalisation du réel pour expliquer son opinion. Il faut beaucoup de temps pour que certaines douleurs s'atténuent, comme le deuil. Et la paix ne viendra que plus tard. Les rituels d'antan permettraient de consolider les liens, de se consoler mutuellement, de célébrer des étapes de vie importantes. Nous avons tous besoin de rituels qui nous permettent de trouver la vie plus légère et plus humaine. La vie m'a-t-elle négligé ou n'ai-je pas fait les bons choix ? Il se pourrait que la vie soit triste sans la consolation qui provient du cœur des hommes. Là est le sens profond de notre existence. Comte-Sponville éprouve davantage d'amour pour la philosophie que de haine pour la religion. Les téléphones intelligents et internet sont devenus les nouveaux dieux, ce dont plus personne ne doute. Demander à un jeune de choisir s'il désire prier toute la soirée ou naviguer sur les réseaux sociaux. La réponse ne semble être plus claire à moins de vivre dans un monde parallèle utopique de la vie moderne. Ne pourrait-elle faire pire ou mieux ? À vous de juger, si vous en êtes capable convenablement. Les résultats du passé ne préjugent pas des résultats à venir, bien entendu. Seraient bien malins, ceux qui connaissent l'avenir. Les hommes comme la société ne peuvent se passer de lien, de liant. C'est ce que les religions ont tenté de nous démontrer. Les causes de la fragmentation dont je subis les effets sont à regret bien dévastatrices. Je ne me suis jamais réclamé fractionné, je l'ai subi pour quelques raisons qui me semblent encore nébuleuses. En tout cas, ce n'est pas Dieu qui m'a relié à quoi que ce soit, sinon il en aurait fait autrement de moi. J'aurais aimé ne pas vivre dans une société marchande. Dans ce monde à réinventer, il n'y aurait ni itinérants, ni de pauvres, ni de mal-aimés, ni de nations, ni de guerres. En réalité, le vrai contenu de la religion fut la cohésion sociale et la communication des consciences qu'elle apportait dans un monde chaotique et fragmenté. L'intention première de la religion était noble, c'est son application ensuite qui a fait défaut. Il me semble qu'il y a un vide existentiel en moi et autour de moi. N'ai-je pas raison ou bien c'est le fruit de mon imagination ? C'est la communion qui fait la communauté, dit André Comte-Sponville. Je ne vois nulle part cette communion dont il me parle, à part sur internet et sur les écrans. L'imagination que ces instruments produisent dépasse largement la réalité. Un simple conglomérat de technocrates et de concurrents ne fait pas de nous une communauté spirituelle, mais des automates programmés en horde sauvage. Communier, c'est partager sans diviser, nous raconte le philosophe en qui j'ai toute ma confiance pour les propos qu'il exprime. Comment puis-je faire confiance envers cette masse qui s'agglutine dans l'ignorance, lorsque je passe tranquillement la soirée à lire des auteurs qui communient avec moi ? Poser la question est y répondre. Ce que je reçois d'une part, je le perds de l'autre, par exemple, la solitude. Une réelle communauté se fait dans le partage et dans le sentiment d'appartenance d'en faire partie. Ainsi la cohésion et le sens qui lui sont relié renforcent chaque individu au sein de cette même communauté aux valeurs spirituelles. C'est là-dessus que j'insiste pour avoir amplement goûté aux valeurs marchandes qui font, plus que jamais, vents contraires à la véritable communion. Une culture et une civilisation sont une communion de l'esprit avant le portefeuille, bien avant tout. Mais la vie n'est pas un fleuve tranquille malgré toutes les bonnes paroles et les meilleures intentions. J'ai difficilement su réunir les forces transcendantes en quelque chose de sacré. Le terme sacré ne provient pas seulement de la religion mais de tout ce qui s'intègre à la communion et à la dignité. Néanmoins, ma vie tient à un miracle, c'est le moins que je puisse dire. Il doit bien y avoir un sens à tout ça que j'ignore.

5 avril |

Le 29 mai prochain, cela fera cinq ans que j'écris dans le blogue de façon constante. Les chapitres de toutes ces années sont conservés dans le site. Hier soir, j'ai consulté quelques chapitres des premières années. Les idées de fond sont déjà pas mal, mais la forme est très loin de celle retrouvée à ce jour. Littérairement, j'ai beaucoup cheminé, je suis content de la progression. Mes phrases sont plus courtes et moins diffuses. Les thèmes empruntés sont plus élaborés. Le vocabulaire est plus coloré et les idées mieux développées. Bref, une évolution littéraire assez satisfaisante dans son ensemble. La tristesse m'affecte ce soir. Il ne sert à rien de vouloir la chasser. Je dois l'accueillir. La solitude me pèse en ce long weekend de Pâques. Ce n'est pas que j'ai manqué de chocolat noir, mais ma peine est de n'avoir personne à qui le partager. Comment puis-je faire pour vivre sans amour et sans quelqu'un avec qui partager ? Mon pied est enflammé. J'aurai de nouvelles orthèses plantaires cette semaine, les premières étaient trop rigides et me provoquaient de vives douleurs sous le pied. C'est la cause principale de ma tristesse. La solitude est plus lourde dans cette douleur qui m'empêche de marcher librement. Cela m'affecte considérablement. Je dois limiter la marche, ce qui est éprouvant et déprimant à la longue. Je n'ai pas de quoi faire un essai élaboré ce soir. Je suis en pause. J'ai allumé une grosse chandelle parfumée. J'ai toujours vécu comme si c'était le dernier jour. Dès mon jeune âge, j'étais ainsi. Ma mère me le rappelait sans cesse. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu des idées profondes, pour les nommer ainsi. Me poser trop de questions sur le sens de l'existence à mon adolescence me foutait le cafard. Je ne savais pas faire mieux. Il m'a toujours suivi sans que je l'invite. Je fus trop jeune pour vivre avec ces lourdes pensées trop hâtives. Ça s'appelle un trauma, cette bêtise-là. Je n'ai rien pu y faire, sauf m'enfuir et maugréer. Ce satané colporteur de cafard s'est imprégné très tôt dans mon corps. Insépide intrus que je devrais aimer au lieu d'haïr. J'ai souvent des flashs de voyage. C'est comme si ma mémoire ne voulait pas que j'oublie avant qu'elle ne meure et que je parte avec elle. Ma mémoire n'est pas un fil continue. C'est bien étrange la mémoire. Un jour, je me mettrai à écrire mes flashs de voyage mis bout à bout, tel le rouleau où Jack Kerouac écrivit ses péripéties et souvenirs de voyages. Je l'écrirai d'un seul trait, sans trop y réfléchir, ni le coloré. Il prendrait la forme d'un triptyque littéraire, qui est une œuvre composée de trois parties distinctes mais indissociables, formant un tout cohérent, souvent structuré autour d'un thème commun ou d'une symétrie narrative. Contrairement à une trilogie, qui signifie trois œuvres autonomes, le triptyque est conçu comme une unité unique. Il faut que je mette de l'ordre dans toute mes ruminations avant que je ne chavire, si ne n'est pas déjà fait. Parfois, il m'arrive de n'avoir plus rien à faire, plus rien à penser, ni à écrire. C'est affreusement angoissant, ces moments-là. Cela me calme d'exprimer mes émotions. C'est la meilleure chose à faire dans ces perturbations. J'écris aussi pour ça. Ça me délivre du surplus d'émotions qui m'oppressent. Si au moins je pouvais guérir ce pied, je pourrais me remettre à sauter dans toutes les directions. Et pourquoi pas danser ? Éviter de parler de ces sujets sensibles qui m'affectent aurait la même portée que de vouloir les nier et de les fuir. Donner plus d'importance à cette douleur ne ferait que l'augmenter. La renier encore pire. Je me sens si impuissant, sauf si je prends une journée à la fois. Comment en suis-je rendu à toujours voir la catastrophe, le verre à moitié vide ? Ne trouvez-vous pas que les images coïncident avec les textes ? Il est rare que je n'ouvre pas un livre le soir venu. C'est mieux ainsi. François Cheng rappelle que rien n'est beau s'il n'y a pas de spectateur : ce n'est pas parce qu'il y a quelqu'un pour contempler la beauté qu'elle existe. Un adjectif existe lorsqu'il se compare à un autre du même genre. Prenez le gris par exemple, il évoque pour nous la tristesse, la mélancolie, l'ennui et la vieillesse. C'est pas étonnant qu'après de nombreuses journées de pluies, l'on deviennent maussades, voir même déprimés. Admirer la pluie en ville ou à la campagne, ce n'est pas pareil. En ville, on observe davantage nos idées que les paysages, il va de soi. Et puis, ça dépend aussi de notre degré d'immobilité. J'aime mieux la pluie de la campagne que celle de la ville. Semblant répéter ce fait, c'est parce je viens de tomber sur un petit bouquin qui me parle du bien de la pluie : aimer la pluie, aimer la vie, de Dominique Loreau. Ça prend beaucoup de courage et de volonté pour écrire un livre sur la pluie. Ce recueil fort agréable, évoque la poésie qui émane de la pluie. Inspiré de l'auteur qui habite le Japon depuis trente ans, sa perception de la pluie est celle d'une artiste véritable. Je préfère les grosses averses que seulement un ciel couvert de gris sans nuées. Finalement, je n'ai pu résister d'ouvrir un livre de tendre lumière, afin de compléter cette journée grise avec des mots remplis de couleurs.

4 avril |

Les anges gardiens sont les anges gardiens et il n'est pas souhaitable de contester leur existence. À vrai dire, il est préférable de conserver quelques illusions, au risque de voir tout s'écrouler autour de nous. Le titre du livre de Denis Grozdanovitch : la secrète mélancolie des marionnettes signifie que les hommes, en général, ne sont actionnés que par le désir de reproduction, d'où la marionnette. C'est étrange de voir mon prénom dans ce mot. Marionette signifie petite Marie, de petites figurines bibliques articulées au Moyen Âge. Le prénom Mario dérive du latin Marius, lui-même lié à Mars, le dieu romain de la guerre. Guerrier pacifique pour ma part. Je déteste, par dessus tout, les querelles verbales et la violence. Le prénom évoque la virilité, la force et la masculinité. Dans le prénom Mario, il y a aussi l'étymologie en latin : étoile de mer, un nom assez évocateur lorsque je pense que mon signe astrologique est poisson. Si j'avais vingt ans, je dirais qu'il serait parfois amusant de m'abandonner aux mains de la marionnettiste. L'ouvrage de Grozdanovitch est teinté de romantisme qui me rappelle l'époque des désirs fortement éprouvés. Cette lecture trouvée au hasard est bien étrange. Elle m'évoque des zones névralgiques non rationnelles auxquelles je ne croyais plus avoir accès. Il est amusant de lire ce récit fort intelligent et aussi fragile que la séduction puisse l'être. Ici les débats d'idées se mêlent au jeu de séduction des protagonistes. Ce récit rempli de charme me distrait des considérations abstraites des derniers mois sur la raison. Pour avoir vécu pour et par l'aventure, je dois avouer avoir dû prendre quelques distances, sans toutefois abandonner totalement ses vibrations envoûtantes. J'ai vécu de l'aventure structurée, si je puis dire, qui fut bien moins insécurisante qu'on puisse le croire. J'ai toujours vécu pour le dehors. J'ai toujours cru que la vie n'existait pas entre les murs. Je ne m'y suis jamais habitué, sauf aux dernières années dans lesquelles j'ai découvert une passion pour la littérature. Lire en marchant n'est pas évident et souhaitable. Mon père s'est cassé le bras ainsi à plusieurs reprises en marchant, soit dit en passant. Le récit mélange adroitement la passion et la raison, ce qui est nouveau dans mes lectures. Je dois dire que les personnages n'ont rien de commun dans leurs intelligentes et vibrantes interactions. Les thèmes philosophiques rapportés par les personnages sont sensuellement abordés de manière distincte et intelligente, ce qui fait de ce livre une pure découverte pour le modeste lecteur que je suis. Plus je lis, et plus j'aime lire. Plus j'assimile des choses et plus j'ai envie d'approfondir des connaissances diverses. J'ai besoin de partir d'une idée ou d'une émotion pour aller quelque part, quoique j'aie tendance à me méfier de ces dernières pour le désordre qu'elles peuvent me provoquer. Pour dire vraie, la gestion des émotions fut et est encore mon plus grand défi. La raison est toujours un allié sur qui compter. La raison débusque les imposteurs impunément, je ne le dirai jamais assez. Au plus loin que je me souvienne, j'ai marcher, beaucoup marcher. Très tôt dans la vie, je me suis porté acquéreur de l'identité du marcheur pour me libérer de choses qui m'ont toujours assailli, sans que je sois capable vraiment de les nommer. C'est au moment que j'ai cessé de marcher comme un cinglé, que je commence à comprendre la léthargie auquelle je m'étais assigné. Je n'ai jamais su quoi faire d'autre que de m'user les pieds à traîner sur les trottoirs indifférents. Depuis peu, j'ai compris ce que voulait dire l'inaccompli de mon existence. Je commence lentement à emboîter les pièces de robots qui manquaient à ma structure. Je dis bien robot, car je n'ai pas encore acquis la notoriété d'un être libre et accompli. Quelle étrange conversation que j'ai ce soir avec les robots, les marionnettes et la romance. Inévitablement, cela doit être causé aux promesses des beaux jours.


3 avril |

Demandez à Meta quel sera l'avenir des hommes, qu'il vous répondra que la technologie deviendra indispensable et qu'elle continuera d'évoluer rapidement. Me suis-je dit par la réponse, que l'intelligence artificielle avait réussi à innover dans les conflits d'intérêts promulgués par ses créateurs. La population continuera d'utiliser massivement les technologies. En Georgie, dans le sud des États-Unis, il y aura cent cinquante centres de données d'ici quelques années. Déjà on en compte plus d'une centaine. La superficie de chaque data center représente à elle seule plus de trente-six terrains de football. À cela il faut ajouter l'énergie nécessaire à son fonctionnement, qui est gigantesque. Ces centres de données engloutissent des sommes ahurissantes pour développer l'intelligence artificielle. Tout cela se fait au détriment de la biodiversité, sans parler de la pollution qu'ils génèrent. Ce sont les grandes multinationales privées de Silicone Valley, les GAFAM qui sont les maîtres d'œuvre de toute cette dynamique mondiale dans le but d'accroître leur pouvoir et leurs bénéfices. Les gouvernements se mettent la tête dans le sable, car les centres de données leur apportent des taxes substantielles. Si on compare les dégâts collatéraux dans le développement de tous ces projets pharaoniques, on constate que les gains produits n'équivalent pas aux dégâts subis à la culture et à l'environnement. Jusqu'où ira la cupidité et l'avidité des hommes ? Encore pire, ces grands promoteurs des technologies, pour ne nommer que ceux-là, ne permettent pas le développement du bien public, bien au contraire. La vitesse à laquelle croissent tous ces systèmes est énormément plus grande que la capacité des hommes et de la nature à s'adapter. Je ne suis pas celui qui met un frein au progrès, au contraire j'y contribue d'une autre façon. Je ne suis pas un prophète de malheur, mais je raconte des faits et mon opinion. Je crois sincèrement qu'il est de notre devoir de bien calculer les risques éthiques et moraux devant toutes ces avancées à la fois spectaculaires et dangereuses. Il faut résister, même aux gouvernements qui sont, plus que jamais, à la solde de ces méga entreprises. Désormais, les hommes avancent de plus en plus seuls dans un monde à la dérive. À la dérive, disais-je, car ils sont fractionnés et impuissants devant des systèmes bien plus grands qu'eux. On aura beau avoir tous les discours nationalistes, on ne pourra jamais prétendre être plus fort que toutes ces alliances énergivores et capitalistes réunies. 


Dans un tout autre ordre d'idée, en vous surprenant par la différence de mes propos, je poursuivrai sur la vie éclatante et amoureuse des anges. Tout ce qui m'est mouvementé dans la vie immédiate m'embarrasse, parce que j'aime trop la vie tranquille dans laquelle j'ai réussi à me maintenir tant bien que mal pour prendre le risque qu'elle se volatilise du fait de l'interruption intempestive de l'urgence à agir ou bien d'une quelconque passion amoureuse. Ceci débute en grande pompe le premier roman de Denis Grozdanovitch : la secrète mélancolie des marionnettes. Je dirais qu'à la lecture des premières pages de cet ouvrage, j'y détecte une forme de roman philosophique sur la quête de sens. Je me méfie de la passion amoureuse, pour avoir donné largement dans cette direction. Ce n'est toutefois pas mon manque d'intérêt envers le sexe opposé qui m'anime et me séduit, mais je tend davantage dans l'amitié dorénavant. Je justifie cela par le cours normal de la vie. Je tente d'identifier en ce moment les différents types d'amitié qui peuvent s'établir entre les hommes et les femmes. Ces remises en question se déploient avec l'âge, bien entendu, quoiqu'il puisse y avoir certaines exceptions. Et si la passion venait qu'à me tomber dessus, je remettrais mon âme à Dieu. C'est un sujet complexe. J'y reviendrai plus tard. J'aime beaucoup l'auteur pour avoir lu quelques-unes de ses œuvres. C'est pour cette raison que je me dis, pourquoi pas un roman. Je crois qu'avec l'âge, le grand amour est toujours possible, mais pas sous la forme frénétique de la jeunesse. Ce n'est pas que je n'y tiens pas, mais mon corps et mon esprit s'en vont ailleurs, et je ne connais pas à ce jour, la destination qui m'emporte. Ceci sera mon premier exercice d'écrire en m'inspirant d'un roman. Encore faut-il qu'il ait du sens et de la profondeur. Le grand amour peut être tout aussi intense sur le plan mental que physique. L'intensité du corps en vieillissant l'offre à l'esprit, qui peut être aussi ravageur que la passion du corps. Il n'y a pas de règle générale qui s'applique sur ce sujet à la fois délicieux et controversé. Jack Kerouac a dit qu'il faut écrire pour la gloire d'être soi-même et ce, peu importe le ton et le style. Le jour où je croirai sincèrement en moi-même, je n'aurai plus autant besoin d'auteurs pour écrire. Je ne suis pas rendu là, n'étant pas pressé. La littérature est une aventure au même titre que les voyages que j'ai effectués, à la différence que j'ai pas besoin de quitter mon fauteuil. Thomas Mann se demandait où aller pour sortir de l'ordinaire, où je puisse vivre mes rêves. Je connais bien des endroits à cet effet, mais les rencontres du hasard sont souvent bien ordinaires dans les rues de la ville qui me voit marcher. Je crois que la coïncidence ne coïncide pas toujours au moment désiré. Toujours est-il qu'il est fort étrange de me retrouver à lire un roman, moi qui déteste généralement le genre. Comme il est étrange d'observer les pensées de l'homme que je suis devenu si je me compare au jeune homme que j'ai été. Il y a des lieux qui sont propices aux rencontres. Malheureusement, la ville où je suis né et que je vis ne fait pas partie de ceux-là. Je n'ai aucunement besoin de témoignages pour me prouver le contraire. Ce n'est pas tout le monde qui a le sens du jeu en m'ayant exercé à maintes reprises à les rencontrer. Je me trouve banal et ennuyant comme un jeu de quilles au contact de mes semblables. Est-ce moi ou mon destin qui est en cause ou un peu des deux ? Un éminent psychologue a déjà dit que les égocentriques et les névrosés ont surtout besoin de s'intéresser à autre chose qu'eux-mêmes. Cela me semble une pure vérité en pensant aux nombreuses thérapies qui me firent tourner sur moi-même. Je n'ai aucune honte d'affirmer cela. Il serait davantage honteux que de m'en avoir abstenu. J'ai toujours été un personnage non conventionnel. Cela explique que je ne suis pas fait pour des gestes et des réponses conventionnels. Jack Kerouac a dit que parler de soi-même et parler tout court revient à la même chose. Parfois, il vaut mieux se taire. Si vous voulez distraire quelqu'un de ses pensées, vous n'avez qu'à lui parler sans cesse. Son esprit alors partira dans une autre direction, à moins qu'il ne vous entende plus ou qu'il ne s'intéresse qu'à lui-même. C'est un pur délice que la lecture du roman de Denis Grozdanovitch. J'y vois une somme incroyable de finesse et d'intelligence dans l'histoire qu'il me raconte. Moi qui m'étais abreuvé de pure philosophie et d'ouvrages sérieux durant les dernières années, cela me fait du bien de m'asperger d'un peu de romantisme et de légèreté en ce début de fêtes pascales et d'arômes printaniers. Il serait âpre de vouloir me nourrir que de raisons. La beauté sert aussi à nous transformer. Comme le hasard fait bien les choses. J'ai trouvé ce roman dans la boîte à livres sur la rue principale. À ses côtés, un petit manuel bien ordinaire me tend la main en me parlant de l'amour de la pluie écrit par une essayiste française qui vit au Japon depuis trente ans : Dominique Lareau. Il y a là un genre poétique qui s'appelle le haïku, que j'aime et que je tente d'apprivoiser légèrement. Pluies du printemps. À la lumière du faubourg. J'arpente mes peines.

2 avril |

La démocratie est en chute libre dans le monde. Peut-être qu'elle n'a jamais été réellement présente. Ce n'est que depuis la révolution tranquille qu'on connaît une relative démocratie ou une frauduleuse démocratie de surface. On n'a qu'à penser actuellement aux dérives autoritaires, à la montée des mouvements nationalistes et extrémistes pour comprendre ce qu'est la véritable démocratie. La communauté mondiale est en perte de pouvoir démocratique, surtout avec Trump, chose qu'on n'avait pas vu venir, il y a quelques années à peine. La démocratie collective s'est affirmée singulièrement dans une moitié de siècle en exploitant exponentiellement les ressources. On en a tous profité. La question à se poser est : peut-on assumer pleinement nos libertés individuelles et collectives ? Il n'y aura jamais de systèmes parfaits car les hommes ne le sont pas. Lorsque les régimes totalitaires de certains pays disparaissent, les gens ne savent pas comment faire pour être libres, car ils n'ont jamais appris à le faire. Les gouvernements sont à notre image, indissociables de ce que l'on est, et vice-versa. Comment adopter une démocratie si on est ignorant ? La démocratie, c'est l'affirmation de la dignité. Comment peut-on parler de démocratie réelle lorsque les valeurs humaines sont relayées au profit et au rendement ? Les élus aujourd'hui ne sont que des cas de figure qui n'exercent qu'un pouvoir relatif et qui ne sont que les représentants de grandes corporations privées. Quand on y pense bien, ce ne sont pas autant l'argent qui mène le monde que les idées, même si ça ne paraît pas tout le temps. Il y a toujours quelque chose qui émergera du chaos, sauf s'il nous emporte. Est-ce que le chaos naît en l'absence de la sagesse ? Poser la question, c'est y répondre. Toutefois, il existe différentes versions du chaos. Un chaos pour les uns sera une libération pour les autres. La démocratie devrait se manifester pour le mieux-vivre et non pour consommer. Les humains sont bien souvent insatisfaits pour différentes raisons. Qu'il s'agisse d'eux-mêmes, de leur relation, du travail qu'ils font allant envers ceux qui les gouvernent. Consommer revient à dire qu'ils compensent pour leur vie médiocre ou leurs désirs refoulés. L’autocratisation signifie que quasiment toutes les dimensions de la démocratie se dégradent plus qu’elles ne s’améliorent dans un grand nombre de pays. Les États-Unis ne sont ainsi plus considérés comme une démocratie libérale, mais comme une démocratie électorale. D'après les derniers rapports, le centre de gravité de l’expérience humaine et de la gouvernance mondiale s’est fortement déplacé vers l’autoritarisme, la gauche vers la droite et les valeurs libérales aux valeurs conservatrices. Pour bien comprendre les faits, on peut déceler une part d'ignorance qui flotte dans l'air pour différentes raisons. L'ignorance est un décalage entre la réalité et une perception de cette réalité, décalage qui est la conséquence d'une croyance, d'un préjugé, d'une illusion ou d'un fait avéré de ne pas savoir. Dans le bouddhisme, l'ignorance est la première étape de la chaîne des causes de la souffrance. La culture des lettres et la défense de la liberté sont indissociables. Une amie m'a dit aujourd'hui qu'elle avait déjà assisté à une conférence de Thomas de Koninck lors d'une assemblée sur la simplicité volontaire. En débutant la soirée, il a débuté par une question à laquelle mon amie s'est empressée de répondre : quel est le sens de la beauté ? La beauté transcende la réalité, qu'elle répondit de Koninck ne s'attendait pas à une réponse aussi rapide et limpide. Pour moi, l'intelligence est un signe de beauté comme le visage d'une jeune femme. Il va de soi que mon cerveau est étroitement associé à ma façon de penser. Nous devenons ce que nous pensons. Mais il faut plus encore, il faut aussi l'amitié. Aristote a dit à cet effet que nous pensons que l'amitié est le plus grand des biens pour les cités, car elle évite au maximum la discorde. Force est de constater que sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les biens. L'ami est une extension de soi-même. Un ami vient de voir mourir sa mère. Toute sa famille s'est rassemblée autour d'elle au dernier moment, en personne ou par visioconférence pour ceux qui ne pouvaient y être. Sa mère lui a caressé la tête et quelques minutes après elle est partie pour un monde meilleur. Une vieille femme meurt, un enfant vient de naître. Le développement de la conscience a manifestement besoin de l'aide d'autrui, malgré la tentation parfois de se suffire à soi-même. Le rôle de la famille est évidemment primordial à cet égard, si évidemment elle est fonctionnelle. Elle aide à supporter les grandes épreuves de la vie. Et puis, le monde s'est globalisé en transformant la culture et les traditions. Et puis il s'individualise et plus il se fragmente. Alors, on ne s'étonnera pas que personne ne vienne nous caresser la tête à notre grand départ. Ce qui fait le lien social est en proie à un processus de dissolution. C'est alors que naissent les dérives autoritaires et technocrates. Tôt dans la vie, j'ai compris que j'allais être souvent seul. Depuis quelques années et à force de ruminer cette pensée, j'en ai déduit certaines opinions sur le sujet. Devant certains faits, il y a quelques pistes pour détourner le destin que l'on croit acquis. La première des choses est de rechercher à se relier aux autres par des champs d'intérêts communs, d'une part. La seconde est de s'agiter dans tous les sens dans le but de faire quelques rencontres fortuites par hasard. La meilleure façon de se relier aux autres est avant tout de se relier avec soi ou d'apprendre à le faire. Il y a un dicton qui affirme cette réalité : deviens toi-même. Tout objectif doit être la recherche d'une vie bonne. Cela m'amène à vouloir décrire ce qu'est une vie bonne. La double ignorance est un concept philosophique, issu de Platon et Socrate, définissant l'état d'une personne qui non seulement ignore une chose, mais ignore aussi qu'elle l'ignore, tout en croyant la savoir. C'est une ignorance de sa propre ignorance, souvent couplée à une fausse prétention au savoir. La notion de vie bonne est une question centrale de la philosophie morale qui cherche à définir non pas simplement ce qui nous fait plaisir sur le moment, mais ce qui rend une existence digne d'être vécue et accomplie. Pour les stoïciens, il s'agit de vivre en harmonie avec l'ordre du monde et d'accepter ce qui ne dépend pas de nous. L'acceptation revient souvent pour établir un élément clé de la sagesse. Pour de Koninck, le domaine des relations humaines est, par excellence, quoique non de façon exclusive, le lieu de l'éthique. Il n'y a pas de vérités pour l'ignorant. Mon défi de tous les jours est d'apprendre à toujours penser mieux. Seule cette faculté peut me rendre autonome et libre. Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la répéter. Celui qui ignore son passé ne s'en libère pas, mais est poussé à l'aveugle par lui. Néanmoins, se figer dans le passé n'est pas moins désastreux. Il s'agit plutôt d'apprendre du passé. Le problème actuel est que la pensée et la vision deviennent de plus en plus fragmentées. Le libre afflux des mots et des images à l'échelle mondiale transforme les relations humaines à tous les niveaux, nous indique le philosophe. Cela nous démontre que l'évolution des sociétés est déterminée par la culture d'abord. Toute démocratie dépend de la qualité de la formation de ses citoyens. À défaut de véritables démocraties, la violence ne pourra que s'accentuer. Les questions les plus brûlantes sont les questions qui portent sur le sens ou le bon sens de la vie, disait Hurssel. L'éducation publique tend à s'aligner sur les besoins du marché de l'emploi. Cette approche d'apparence pratique ne l'est pas du tout, elle est largement illusoire. Nous manquons délibérément notre mission, qui devrait être avant tout humaniste, au lieu de nous mettre opiniâtrement au service du marché et du corporatisme. François Legault, qui vient de terminer sa tâche ministérielle, nous dit que les gouvernements doivent s'appliquer à redonner aux humains le goût de l'avenir, comme l'affirmait de Tocqueville. Rien n'est plus nécessaire dans le contexte actuel que la philosophie. C'est elle seule qui dure et donne un sens à l'existence. Je tiens à remercier sincèrement Thomas de Koninck pour ses sincères réflexions qui donnent un sens accru à mon existence. Il a permis de retrouver chez moi quelque chose qui sommeillait et que je n'avais pas de mots pour décrire. Ce dernier chapitre est exhaustif pour la grandeur et le nombre des réflexions posées. À chaque premier jour du mois, je viens de décider d'emblée qu'un nouveau chapitre serait abordé. Il sera appuyé par les penseurs et les auteurs qui, par hasard, reflètent mes humeurs et mes préoccupations, comme quoi mon quotidien serait bien pauvre sans eux.


Je vais vous raconter une histoire véridique. Ce sont mes préférées. Tom est l'octogénaire dont je veux vous parler. Son prénom est fictif afin de conserver toute confidentialité sur son histoire. Habitant à quelques pâtés de maisons de chez moi, je rencontre Tom de temps à autre au gymnase et dans la rue. Tom a toujours été un type en forme se distinguant par son humour et une apparence beaucoup plus jeune que son âge. Il fut un homme d'affaires dans le secteur des arts, en plus d'être un artiste accompli. À chaque fois que je discutais avec Tom, il n'a de cesse que de me parler des jeunes filles, des très jeunes filles. Sa manière d'en parler était proprement malsaine à leur égard, tout comme moi, l'entendais. Je n'ai jamais compris qu'il puisse faire carrière avec cette attitude méprisante envers la gente féminine. À chaque fois que je le croisais, il exprimait ses désirs fulgurants, sans filtres et avec plein de virulence. À un plus bas âge et surtout à une autre époque, je n'aurais pas fait de cas de ces étranges commentaires. Il était coutume alors de tenir des propos sexistes à l'intérieur d'un humour grinçant. Autre époque, autres mœurs. Nous vivons dans un monde bien différent, Tom doit bien s'en rendre compte, s'il n'est pas idiot. À l'inverse de ces temps, la norme est pour plusieurs, et surtout pour les jeunes, de passer par l'intermédiaire d'internet. L'autre jour, je rencontre Tom au gymnase, la mine basse et l'air préoccupé. Je tente du mieux que je peux, de comprendre ce qu'il me raconte. Il éprouve des difficultés à articuler sa pensée, jusqu'au moment où je saisis l'ampleur de ses préoccupations. Durant les quinze années de sa jeunesse, Tom a subi des sévices sexuels auprès des frères des Écoles chrétiennes dans lesquelles il était placé en orphelinat. De plus, il était victime de violence qui l'ont marqué pour la vie. Pendant les quarante ans qui suivirent, chaque nuit il a fait d'horribles cauchemars. Tom me raconte que lui et une couple de centaines d'anciens élèves ont pris des recours afin de poursuivre les écoles chrétiennes depuis une dizaine d'années. Pendant tout ce temps, plusieurs frères et anciens orphelins sont décédés. Il a gardé sous silence cette triste histoire jusqu'à tout récemment. Les avocats dans cette sordide affaire lui ont dit qu'il devrait témoigner devant une audience pour la requête. Si je vous raconte cette histoire, c'est que j'ai vu clairement le lien avec son passé trouble et celui de prédateur que j'ai reconnu chez lui, si je peux le dire ainsi. Pour en déduire que les tristes événements qui nous arrivent dans notre enfance peuvent nous marquer pour la vie entière. C'est d'autant plus vrai dans ces circonstances dans lesquelles plusieurs enfants vulnérables ont subi des préjudices importants. Tom n'est pas le seul et ne sera pas le dernier. Même si les contextes sont bien différents, aucune personne n'est à l'abri des malheurs, qui sont nettement plus grands lorsqu'il s'agit d'enfants. J'éprouve beaucoup de sympathie envers Tom. Rares sont les fois que je témoigne de semblables récits. Mais voilà que je voulais parler de ce qui me touche ainsi que d'autres histoires que je ne peux pas passer sous silence. Possiblement que sa souffrance refoulée lui a permis de l'exprimer dans la beauté de ses œuvres et sa détermination à s'affranchir de ses souffrances. Chacun d'entre-nous avons nos propres histoires et dans lesquelles se forment le monde étrange que nous connaissons.