Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.
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Polarsteps
3 mars |
Il existe toutes sortes de groupes de cheminement personnel et d'entraide. Pour savoir lequel nous convient, il est essentiel de faire ses propres expériences soi-même. Outre les cafés philosophiques pour raffermir mon esprit et mon raisonnement, je viens de m'inscrire, comme à certaines périodes de vies nébuleuses, à des groupes d'entraide et de parole constitués d'une dizaine de personnes. Pour des raisons légitimes, plusieurs d'entre nous ressentiront le besoin de se relier aux autres par la parole, autrement que par les groupes habituels que sont les amis, les collègues de travail et la famille. Il devient encore plus évident pour ceux qui, à la retraite ou autre, se sentent seuls, même dans leurs réseaux intimes respectifs. Dès les premiers instants, on ressent rapidement un déblocage des émotions. À la différence des cafés philosophiques, ce sont les émotions qui sont interpellées par ces rencontres. Pourquoi je suis quelque chose au lieu de n'être rien ? C'est à cela que je m'accroche pour combler le vide qui me possède. Pourquoi m'en faire lorsque je sais que je ne tiens pas à grand-chose. Le pire qui puisse m'arriver, c'est de ne pas être important pour quelqu'un. Encore faut-il l'être à ses propres yeux. L'être est mystère, l'univers est mystère. Nos peines et nos guerres sont bien peu de choses devant les mystères de l'univers. Pourquoi ici au lieu de là, ma vie se fait et se défait ? Est-ce réellement à moi de choisir mon destin ou bien est-ce les forces de la vie qui me poussent là où devrait être ma place dans l'univers ? Ces questions métaphysiques me délivrent de certains poids sur mes épaules. Des pauses temporaires et substantielles dans la lecture et mes réflexions me délivrent de la résistance que je maintiens sans aucune raison. Mon programme affecté à ma naissance n'a plus sa raison d'être. Comment vivre dans un monde où la vie n'a même plus de sens ? Il n'y a pas longtemps encore, on parlait de biodiversité et d'environnement. Quelques années plus tard, le pétrole et les métaux rares dictent les discours d'aujourd'hui pour alimenter les machines de guerre et les industries qui ne sont parfois même plus nécessaires. J'exagère, comme toujours un peu, souvent. Nous ne faisons pas les bons choix. De toute façon, c'est par essais et erreurs que nous évoluons. Nous déterminons mal nos priorités, nos combats, nos héros. Et puis, il y a les lâches que nous sommes devenus par notre indifférence et dans notre adhésion absurde dans laquelle je me suis tant battu. Au retour de ma rencontre du groupe d'entraide, je suis revenu avec plus d'espoir et d'humanité. À la différence des groupes philosophiques, les gens dénudent complètement leurs cœurs, ne laissant aucuns filtres et aucuns discours extérieurs les accaparer. Ici, on a plus rien à perdre à se dévoiler. Ici, on ne parle plus d'idées et de concepts abstraits mais plutôt d'émotions qui nous animent, à tel point que les masques ne tardent pas à se fissurer. Mourir est un destin, naître une chance, dit André Comte-Sponville. Un intervenant m'a dit un jour que mes pleurs étaient secs et qu'ils étaient les plus douloureux. Cela m'avait profondément marqué. J'en ai déduit que je m'arrimais beaucoup dans la résistance par peur de m'effondrer. Cela est devenu un réflexe et une armure qui, à l'inverse de me protéger, me détruisait de l'intérieur. Ceci étant dit, j'ai troqué la philosophie pour la psychologie qui, de toute façon, se chevauche. Autrefois, les deux thèmes étaient contenus dans un seul. Ce n'est que tout récemment qu'ils furent séparés à la fin du XIXᵉ siècle. Combien d'énergie et de volonté suffisent pour vivre jusqu'à mon âge respectable ? Combien d'efforts pour survivre dans la déchéance de sa chair dans un pareil monde ? Je dois, certes, me trouver chanceux, qui à une certaine époque l'espérance de vie ne dépassait pas la quarantaine d'années. La matrice et le terreau qui m'ont mis au monde ont fait de moi un survivant. Ce que j'aime dans les groupes de parole, c'est que l'âge n'a pas d'importance comparativement à d'autres sphères de la vie sociale à l'heure actuelle. Je n'ai pas choisi de vivre, ni d'être moi. Je suis devenu celui que je devais être. Tout cela est discutable, vous me direz ? Il n'y a jamais de véritables bonnes réponses. Dans un monde où la vie et le sacré n'ont plus d'importance, tout devient banal comme une peau de chagrin. Banalité d'être né, de vivre, de mourir. Quoi de plus ridicule que d'être fier de soi, de sa beauté, de sa force, de son intelligence et même de ses choix, puisque personne n'a choisi ce soi que l'on est et que l'on tente éperdument de devenir. Et quoi d'autre que le présent ? C'est l'unique moment de l'être, de l'action, de la liberté, l'unique moment du réel. Vivre au présent selon les stoïciens n'est pas un mot d'ordre mais une nécessité. Ma destination ne sera jamais importante, seul le chemin pour m'y rendre existe. Il arrive dans la vie où l'on doit choisir sa route à la croisée des chemins. Ce n'est pas facile, des deuils étant nécessaires pour y parvenir. Ce n'est pas facile de se dévêtir de son identité, de son costume et de ses habitudes. Exister, c'est aussi changer. Devient-on réellement libre ? Bien évidemment davantage qu'à la naissance, mais jamais tout à fait, à moins de se prendre pour le Dalaï-Lama. En réalité, la vie n'est pas un destin, mais une aventure. Nul ne vit sans choisir, c'est ce qui rend fébriles et nerveux les hommes qui ont trop de choix à leur disposition. N'avons-nous réellement tous les choix qui s'imposent à nous ? Je vous laisse le soin de répondre à cette question. Je n'ai pas choisi de naître. Si j'avais eu le choix, j'aurais attendu que le rideau se lève autrement. C'est en forgeant que l'on devient forgeron. C'est en accomplissant des actions vertueuses que l'on devient vertueux. Faire, et, en faisant, se faire, disait Lequier. Je ne pourrai jamais devenir quelqu'un d'autre, nul ne le peut. Mais je m'interdis de me résigner à ce que je suis. Ma vie est reçue et pas choisie. Que je sois né au hasard, ce n'est pas une raison pour vivre au hasard, me dit si bien André Comte-Sponville dans son livre sur la vie humaine. Et ce n'est pas par hasard que je vous quitte bien délibérément.

2 mars |
Un livre ouvert sous la lampe m'éveille. Il me sort dans la lumière, me fait traverser à gué le ruisseau, me perd dans un espace. Le poète sait voir les choses et les faire revivre. Il m'arrive souvent de regarder longuement certaines choses comme fait le poète. C'est comme s'ils se mettaient à vivre sous mon regard. Faire naître est le plus grand désir du poète. J'ai toujours cru que fixer l'horizon est un signe de santé. Fixer des murs trop longtemps me rend anxieux. Mais se pourrait-il que ma vraie maison fût ailleurs ? J'ai choisi les mots maintenant comme ma maison et mon refuge. C'est moins compliqué que de changer d'adresse. C'est dans le langage que se bâtit ma demeure. Elle est si fragile dans le peu de langage que j'exerce. C'est dans les mots que se font toutes les promesses, tous les projets, tous les éclairs de conscience, toutes les visions. C'est par les mots que je réussis à sortir de l'obscurité. Le poète et écrivain Pierre Morency dit que l'artiste sans projet démesuré s'annule. Il est peut-être possible que la méconnaissance de mes limites me fragilise et m'ampute d'une source de bonheur incommensurable. J'ai trop travaillé et vécu sous l'effet de la panique. On peut appeler cela vivre sur l'adrénaline, vu sous un angle différent et plus acceptable. Qu'arrive-t-il lorsque cette hormone se tarit dans l'inaction et l'absence de projets ? Je vous laisse le soin de répondre. J'ai un faible pour les poètes qui savent trouver les mots pour réanimer les choses et les sentiments que l'on croyait perdus. À l'heure actuelle, on ne lit pas beaucoup, on zappe, on scroll et on pitonne. J'ai eu souvent la mauvaise habitude de critiquer les gens sans véritables fondements. Mes opinions se projettent inconsciemment à mon insu par manque de vigilance et par manque flagrant de discernement dans une présence éhontée de jugements de valeur. Je suis toujours étonné de voir les gens dans les cafés, seuls devant leurs écrans au lieu de regarder les passants. À quoi cela leur sert-il donc de s'asseoir sur la place publique, si ce n'est que de regarder défiler passivement les images sclérosées sur leurs smartphones ? Fort probablement qu'ils n'ont rien trouvé de mieux à faire. Et pourtant ! Et il y a les questions qui m'interpellent, comme : êtes-vous de ceux qui croient que l'attachement d'amour est un frein à la liberté ? Ce n'est pas la réponse qui importe, c'est le chemin qu'emprunte la question pour arriver jusqu'à moi. Tout n'est que profonde solitude. Tout qui arrive à moi passe par le prisme de la solitude. Mais je me rappelle de ces matins radieux où les rivières fraîches descendaient des montagnes où je pouvais entendre les oiseaux chanter. On passe notre temps à dire au revoir. Ceux qui écrivent dans une maison au fond des bois ne sont pas les mêmes que ceux qui vivent dans les villes. On croit qu'il ne se passe rien, mais dans une pièce paisible, un homme d'âge mûr est en train d'écrire que tout et rien est en train d'arriver. Je réalise à la lecture de cette phrase combien j'ai peur de la page blanche et du silence non volontaire. Revoir en pensée tous les pays que j'ai traversé, toutes les montagnes que j'ai grimpé, me rend nostalgique. Serait été pire si je n'avais pas sorti de ma chambre.

1er mars |
Voltaire a dit que les livres les plus utiles sont ceux que les lecteurs font eux-mêmes à moitié. Ils étendent les pensées sur lesquelles on leur présente le germe et ils corrigent ce qui leur semble défectueux. Depuis toujours, j'ai voulu me transformer par mes rêves jusqu'au moment où je vous parle. Dans mes plus beaux rêves, je partais toujours pour quelque part où le monde était toujours plus beau que celui que je quittais. Il était beau parce que j'étais en constant mouvement dans la gaieté à l'inverse d'où je provenais. Dans mes rêves, la vie resplendissait de toutes ses couleurs, de toutes ses formes dans un cadre naturel éblouissant. Si j'écris cela, c'est pour me motiver au printemps venu, où je partirai à l'aventure sur des terres inconnues. J'ai toujours porté des espoirs immenses, des rêves fous. J'ai rêvé à des vies différentes et aucunement conformistes, comme on l'entend. Et parce que mes désirs se sont tus dans l'indifférence de la ville où j'habite. J'ai toujours rêvé que je la quittais et j'y suis toujours revenu. À vrai dire, j'ai toujours recherché à me déplacer, à être en mouvement pour ne pas que la routine et la lassitude s'installent. C'est étrange, comme la littérature spirituelle me convient et m'enchante par les temps qui courent. Le terme ne peut pas être mieux dit que dans ce temps qui coure. J'ai beaucoup voyagé, marché, humé beaucoup de plantes et de fleurs sauvages. J'ai vu les nuages se défaire et se construire dans les vents contraires. Le temps m'appartenait. Je faisais partie intégrante du paysage que je traversais. Et puis, j'ai rêvé que j'avais des gens avec qui parler en voyage. Et puis, mon rêve s'est réalisé. Après avoir longuement parlé, souvent pour rien dire, j'ai rêvé que je voyageais seul avec moi-même. Et puis, mon rêve s'est réalisé. Et puis, je me suis lassé d'être seul. Et puis, j'ai rêvé qu'une personne différente des autres serait à mes côtés pour vivre des aventures. L'histoire s'arrête là, mes rêves aussi. J'ai souvent rêvé d'une épaule qui m'offrirait son aide, d'une personne à qui parler, sans quoi mes rêves ne seraient plus les mêmes. Et puis, j'ai espéré. Dans mon état semi-immobile, j'ai appris à m'exprimer comme je le veux, comme je le ressens. Dans la foule, j'en suis presque incapable. Et puis, à l'intérieur de moi, j'ai appris à me parler et à m'écouter. Parfois la confusion règne à force d'avoir rêvé d'un rêve inaccessible, à force d'avoir fui la réalité, à force de me parler tout seul. Cette réalité, j'ai tant voulu la quitter parce qu'elle ne correspondait pas aux rêves auxquels je m'étais destiné et dans lesquels je croyais. À l'intérieur de moi a vécu un être léger à croire à mes rêves. Si on ne nourrit pas ses rêves, ils disparaissent. C'est pareil pour les amitiés. Je me rappelle du temps où je parlais à tout le monde dans la rue. Les gens partout étaient joyeux et légers. Tous ceux à qui je parlais avaient des rêves à partager. Maintenant, ils n'ont que le vide dans le regard et ne font que passer la tête lourde, le cœur absent. Et si c'était mon regard qui faisait défaut ? Et si je ne réussissais plus à comprendre le monde qui m'entoure ? J'éprouve souvent ce sentiment malaisant de me sentir étranger partout où je vais. Je m'étais acheté un livre la semaine dernière, que demain il prendra la place dans la boîte à livres après quelques lourdes consultations sur l'obéissance. J'ai troqué ce dernier pour un vieux livre de Martin Gray qui trônait dans la poussière de ma bibliothèque depuis fort longtemps. J'aime relire certains bouquins après plusieurs années de délestage. Les forces de la vie est le titre. L'auteur me dit de regarder le monde tel qu'il est et non pas comme je voudrais qu'il soit. Comment suis-je arrivé à oublier la fraîcheur qui a su si bien me pénétrer il n'y a pas très longtemps ? Peut-être est-ce le long hiver qui agit ainsi sur moi ou bien le manque de grands espaces ? Rien n'est acquis dans la vie, tout est toujours à recommencer. Depuis hier, des hommes se sont encore détournés de la fraternité. Ils ont préféré la guerre à la paix. Et puis, que le spectacle médiatique se poursuit loin de mes rêves. Quand s'arrêtera cette folie de destruction et d'indifférence ? Si je me suis aussi accroché à mes rêves, c'était pour éviter que ma vie ne ressemble à ce monde où je vis, cruellement indifférent. La vie de Martin Gray est un miracle et une source d'inspiration. Grâce à l'écriture, il a su se relever et aller au plus profond de ses rêves. Il est devenu soudainement l'intermédiaire, le relais entre eux et vous, entre soi et nous. De ses malheurs et de ses souffrances, il a su ériger une force. La question que je me pose après sa lecture est comment réussir à pacifier mon corps et mon cœur dans l'absence de la fougue qui ornait ma jeunesse d'hier ? Comment puis-je trouver de nouveaux rêves sans avoir à traverser le monde d'un bout à l'autre ?